Luc Leclerc a commencé son témoignage devant la Commission Charbonneau en affirmant que tous, selon lui, savaient qu’il y avait de la collusion dans l’industrie de la construction montréalaise.
« Un jour, je me promenais sur un chantier, a-t-il raconté. Un signaleur m’a dit qu’il allait me revoir sur un autre chantier bien précis. » La Ville n’avait toutefois pas déterminé la compagnie pour faire ces travaux, puisque l’appel d’offres était encore ouvert. L’entreprise savait donc qu’elle obtiendrait le contrat.
Avec certitude, il a aussi lancé que « tout le monde à la Ville » savait que ça se passait ainsi, jusqu’au commis ».
Argent comptantAprès avoir remis 90 000$ à la Commission, argent qu’il souhaite voir retourner à la Ville, Luc Leclerc a expliqué comment il avait pu dépenser les 500 000$ accumulés en pots-de-vin, au cours des 15 dernières années.
Les rénovations de sa maison ont grugé 50 000$, l’investissement dans un restaurant d’une de ses filles lui a coûté 75 000$, puis une somme de 100 000$ a servi à assurer l’achat du terrain. Il dit avoir remis 75 000$ à un autre de ses enfants qui a investi dans l’immobilier. Les 110 000$ restants ont servi à couvrir ses dépenses de la vie courante.
Pour lui, « dépenser de l’argent comptant, c’est plus dur que vous le pensez. » Il a précisé qu’il n’a jamais refusé les pots-de-vin, parce que l’argent lui « donnait un sentiment de pouvoir ».
GolfL’un des avantages préférés de Luc Leclerc restait le golf avec son partenaire, Gilles Surprenant, autre ingénieur retraité à la Ville de Montréal qui a témoigné la semaine dernière devant la commission.
Il est revenu, candidement, sur les « nombreuses » parties de golf avec le parrain présumé de la mafia Vito Rizzuto. L’ex-fonctionnaire dit garder un « excellent souvenir » des parties qu’ils ont jouées ensemble en République dominicaine, en 1997.
« C’est un excellent compagnon de voyage, il a le sens de l’humour, a raconté M. Leclerc, tout sourire. Ce n’est pas l’idée que je pouvais me faire d’un chef de gang. »
Toutes les parties de golf, les voyages et les cadeaux l’ont convaincu de rester sept ans supplémentaires au service de la Ville, après 2002, l’année où il aurait pu prendre sa retraite avec une pension équivalant à 80% de son salaire.
« J’aimais la job et le social », a-t-il précisé.
GonflementIl a aussi expliqué son stratagème pour gonfler les coûts pour obtenir des pots-de-vin. Il « jouait dans les zones grises », reformulant certaines informations pour s’assurer que certains coûts qui ne devaient pas être facturés le soient.
« Je travaillais pour les entrepreneurs, pour leur donner un bon service », a-t-il lancé, admettant que les avantages facilitaient sa tâche. Il a raconté comment il avait aidé un entrepreneur à facturer différemment un des « extras » pour qu’il empoche davantage. Pour ses services, l’entrepreneur lui a remis entre 20 000$ et 25 000$.
Tout ce système de collusion, qui ne se limitait pas « seulement à Montréal », se serait terminé en 2009 après l’instauration d’un code d’éthique à la Ville, estime Luc Leclerc.


