Contrairement aux stations qui gardent l'essence en consignation (et qui reçoivent une certaine commission par litre vendu), les stations indépendantes possèdent l'essence dans les réservoirs. Elles l’achètent à un certain prix, et le revendent au prix du marché.
«Ça veut dire que si le prix varie à la baisse, c'est moi qui dois absorber l’écart; contrairement aux autres qui voient l’écart être absorbé par les pétrolières. En ce moment, le prix à la pompe est environ deux cents plus bas que ce qu’il devrait être. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est le site web du C.A.A info essence. En ce moment, le prix en Mauricie devrait être à 1.06$ le litre. Il est beaucoup moins cher que ça parce qu’ils font exprès!»
Ils font exprès de quoi?
«De garder le prix au plus bas pour nous faire crever. J’ai dû fermer ma station-service. J’ai cumulé un déficit important en raison de cette situation qui dure depuis plus d’un an. En tenant l’essence à ce prix, tout le monde perd de l’argent. Les grosses pétrolières eux, ils ont les moyens d’étirer ça longtemps. Je pense qu’ils font ça volontairement pour nous faire mal. Ils cherchent la mort des indépendants. Quand nous ne serons plus là, ils auront le marché pour eux seuls», poursuit M. Vézina.
«Ils gardent le prix le plus bas pour nous faire crever» - Stéphane Vézina
Selon ses calculs, chaque diminution de deux sous le litre lui équivaut une perte de 30 800$ par année.
«C’est bien simple, les compagnies savent qu’en tenant les prix comme ça durant un an ou deux, nous allons mettre fin à nos opérations. Dans mon cas, c’est 1 540 000 litres par années qu’ils se partageront», souligne-t-il. «J’ai discuté avec un autre propriétaire. Il est exactement dans la même situation que moi. Selon l’entente qui me lie à Irving, j’aurais dû recevoir une moyenne de 5 sous de profit par litre vendu. Selon nos récents états financiers, nous avons touché seulement 1.5 cent par litre en janvier. Une fois les frais de carte de crédit payés, il ne nous revient absolument rien! Heureusement que j’avais le volet mécanique pour payer mes employés.»
Selon lui, c’est le consommateur qui écopera si les grosses pétrolières viennent à bout des petits garages indépendants.
«Bien entendu! S’ils sont seuls à vendre de l’essence, ils ont le beau jeu. Ils pourront alors monter le prix pour récupérer l’argent perdu lors de ces deux dernières années. Une fois le déficit comblé, ils pourront encaisser les bénéfices qui nous revenaient», a-t-il conclu.

