Ça l'a «scrappé» ma vie. J'étais seul au monde. Aucun soutien, aucun modèle; seulement des préjugés et du rejet. Moi, le sportif, qui voulait enseigner l'éducation physique et le français, ne voulant pas être identifié à ces préjugés et que l'on dise que j'enseigne pour être avec des mineurs, j'ai commencé à décrocher progressivement de l'école. Ayant arbitré au hockey et au baseball, ayant été sauveteur dans les piscines municipales de Shawinigan, ayant le sens de la justice, étant foncièrement honnête et intègre, sur un coup de tête, influencé par quelques amis, je me suis inscrit en techniques policières à Trois-Rivières. Il y a donc des policiers de Shawinigan qui vont me reconnaître. Mais à la dernière session, en 1980, alors que j'étais accepté à Nicolet, j'ai tout laissé tomber. Mes idées suicidaires prenaient le dessus. Comment aurais-je pu travailler dans un corps policier sans subir de préjudices et sans compromettre mon intégrité? J'avais tout juste la force d'affronter mon quotidien. De plus, comme tout être humain, je veux aimer et être aimé. Ça passe évidemment par le toucher, par la sexualité. Mais dans une société construite sur la seule identité hétérosexuelle, impossible d'avouer ses sentiments à une personne du même sexe sans risquer de m'identifier et par la suite de me faire ridiculiser, reconnaître, molester, intimider, harceler, menacer, agresser ou voire, me faire tuer. L'actualité en témoignait. Et lorsqu'on en est victime, rare sont ceux qui portent plainte pour ne pas être sur la sellette. C'est pourquoi les homosexuels fréquentent certains lieux comme le parc des Chutes et ce, partout sur la planète où ils souffrent de discrimination. Et habituellement, pour les mêmes raisons, ils y sont le plus discrets possible. Mais en plus des risques d'agression, il s'ajoute le risque d'être arrêté. À partir de 15 ans, cette peur m'a accompagné jusqu'à aujourd'hui.
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