«C’est exagéré», s’accordent pour dire Martin Lampron, copropriétaire du Carlito, et Guy Lambert, propriétaire du Temple et de l’Embuscade. Une femme qui n’aurait consommé qu’un seul verre d’alcool atteindrait déjà le taux limite, tandis que pour un homme, il s’agirait plutôt de deux consommations. Concrètement, cela représente une consommation de moins par client.
«Les clients risquent de prendre une bouteille de vin de moins. J’imagine que ça serait un peu comme au début de l’interdiction de fumer dans les lieux publics où on constatait une baisse de l’achalandage», explique M. Lampron.
De son côté, M. Lambert est persuadé que les gens continueront de sortir malgré tout, mais quant à savoir s’ils boiront autant, c’est une autre histoire.
Les nouvelles mesures proposées par la ministre Boulet permettraient aux policiers d’imposer un avis d’interdiction de conduire pour 24 heures à tout automobiliste conduisant avec un taux d’alcoolémie entre 0,08 et 0,05%. Toutefois, le projet de loi est vertement critiqué par l’Association des restaurateurs du Québec (ARQ) qui considère que le ministère des Transports fait erreur sur la cible. «Plutôt que de s’attaquer au vrai problème de l’alcool au volant, soit les récidivistes et ceux qui conduisent avec un taux d’alcoolémie supérieur à la limite permise actuellement, le gouvernement pénalisera plutôt toute une partie de la population qui boit de façon responsable et modérée», affirme François Meunier, vice-président aux affaires publiques et gouvernementales de l’ARQ. M. Meunier appuie ses dires sur le bilan routier de 2007 de la SAAQ. Le rapport dévoile que les conducteurs ayant un taux d’alcoolémie entre 51mg et 80 mg ont causé 6% de tous les accidents mortels où ont été trouvées des traces d’alcool, alors que ceux conduisant avec un taux supérieur à 80mg ont été responsables de 82% de ces mêmes accidents. «C’est un peu ridicule. On dirait que le gouvernement se cherchait quelque chose à faire et qu’il a décidé de changer ça. On parle d’une demi-bière de différence entre l’atteinte du 0,08 et le 0,05%. C’est jouer sur les mots et les pourcentages», déclare Annie Marineau, administratrice du restaurant La Piazza, à Trois-Rivières. «Ce ne sont pas les bonnes interventions pour régler le problème. Ce serait mieux de faire plus de prévention», ajoute pour sa part Pierre Lafontaine, propriétaire du Gambrinus, convaincu du gros impact qu’une telle loi pourrait avoir sur la consommation des gens. La ministre Boulet est toutefois confiante d’arriver à sauver de 40 à 50 personnes par année grâce à cette loi. «Elle existe déjà partout ailleurs au Canada. En Europe, la tendance va même vers le 0,02%», précise-t-elle.
«Il n’y a pas 12 000 options»Mais dans toute cette histoire, c’est à la population que reviendra le mandat de s’adapter en fonction de la situation, advenant l’adoption de la loi. «Les gens devront s’adapter, que ce soit en prenant un taxi, en utilisant les services de transport en commun ou en covoiturant. Il n’y a pas 12 000 options», souligne M. Meunier. De son côté, Guy Lambert croit qu’il devra peut-être encourager davantage des organismes de raccompagnement comme Tolérance Zéro ou en vérifier le fonctionnement. Avant tout, il plaide pour une présence plus accrue des taxis dans la ville. Pour l’instant, le projet de loi a été déposé. Dès le début de la prochaine session parlementaire, il sera étudié par les différents partis en vue de son adoption ou de son rejet, ce qui pourrait se faire d’ici la fin de la session, du moins l’espère Mme Boulet. Mentionnons qu’il y a cinq ans, les deux partis d’opposition s’étaient opposés à un projet de loi semblable.

