Cette forme d’abattage est légale, a reconnu le critique. Le problème, selon lui, c’est quand l’exception, soit la dérogation aux normes, devient la règle. «L’abattage rituel religieux, qu’il soit de type casher ou halal, il est prévu à la loi par dérogation, pas par règle générale», a souligné le député de Kamouraska-Témiscouata. Toutefois, «il y a des abattoirs qui, de plus en plus, pratiquent, en toute légalité, il faut le dire, ce type d’abattage rituel religieux».
Cette affirmation a été démentie par le ministre de l’Agriculture, Pierre Corbeil. «On n’a pas d’indications à l’effet qu’il y aurait une croissance marquée d’abattage halal dans les abattoirs inspectés par le Québec», a-t-il indiqué. «Le choix d’abattre de façon rituelle ou non relève d’un choix d’affaires afin de répondre aux besoins de la clientèle.»
Quelques chiffres
Sur les 23 abattoirs inspectés au Québec, 6 pratiquent l’abattage rituel religieux, dont 1 en totalité, soit l’Abattoir Lafrance à Shawinigan. Cette pratique s’observe aussi dans 11 des 61 abattoirs transitoires. «Dans les abattoirs sous inspection québécoise, c’est moins de 2%» de l’abattage total qui est fait de manière rituelle, a rapporté M. Corbeil.
Et «plus de 70% de la viande provenant des animaux abattus de façon rituelle est dirigée vers ce marché spécifique», a précisé le ministre. «Donc, c’est quelqu’un qui veut acheter du halal qui obtient du halal.» M. Corbeil a assuré que «la sécurité alimentaire» et «le bien-être des animaux» sont ses priorités. «L’abattage des animaux est encadré par des lois et règlements qui assurent un abattage sans cruauté et une viande salubre.»
Ces exigences doivent être respectées afin que la viande «issue d’un abattoir sous inspection» soit commercialisée. De plus, la moitié des 36 abattoirs sous inspection fédérale pratiquent en partie ou en totalité l’abattage rituel religieux. À ce niveau, «il y a des gros volumes d’abattage de viande rouge au Québec et de volaille aussi», a ajouté M. Corbeil.
Reprenant les chiffres du ministère, le critique péquiste a souligné que les abattoirs sous inspection fédérale représentent «80% du volume d’abattage des viandes rouges au Québec» et «98% du volume d’abattage de volaille». Toutefois, le ministre «ne mentionne pas où va cette viande», a regretté M. Simard
Transparence
Interrogé plus tard par les journalistes, le critique en agriculture s’est défendu de faire un débat «religieux» ou «d’extrême droite». Il s’agit d’un «débat de normes», «de transparence», «d’information aux consommateurs».
Présentement, «il n’y a pas d’obligation légale à ce que ces aliments-là soient identifiés», a noté M. Simard, ayant à l’esprit les aliments autant casher ou halal. Pour ce qui est de l’étiquetage, le ministre de l’Agriculture est en faveur. «Ça concerne aussi le fédéral, j’ai interpellé mon vis-à-vis fédéral, on va se pencher là-dessus», a dit M. Corbeil.
Bien-être animal
M. Simard a aussi soulevé l’aspect du bien-être animal. En principe, «tout animal doit être abattu de façon inconsciente avant la saignée qui conduit à la mise à mort», a expliqué le député. «Mais, on sait que l’abattage rituel religieux, la prescription de base, c’est que l’animal soit saigné conscient», a ajouté le vétérinaire de formation.
«C’est très douloureux», selon lui. À cet égard, le ministre Corbeil a rappelé qu’il y a des vétérinaires dans les abattoirs. Et leur code de déontologie stipule que «le médecin vétérinaire doit faire rapport aux autorités compétentes lorsqu’il constate qu’un animal ou qu’une population d’animaux a été victime de mauvais traitements», a noté le ministre.
D’entrée de jeu, M. Corbeil avait fait état d’un certain «malaise» à s’impliquer dans cette discussion. «Je ne sais pas si je parle à l’ex-vétérinaire ou au vétérinaire ou au politicien qui fait de la politique partisane puis qui veut continuer à s’enliser dans un débat qui n’a rien à voir avec les faits», a regretté M. Corbeil. Ses questionnements visent à obtenir de l’information de manière «objective», «technique», «scientifique», a spécifié le critique péquiste.
SOURCE: Le Courrier parlementaire

