En Mauricie en 2011, ce sont 138 ouvriers provenant du Mexique et du Guatemala, et dans une moindre mesure de la Jamaïque, qui ont travaillé dans une quinzaine de fermes de la région. «Le programme a été mis en place en 2004 et le nombre de travailleurs étrangers ne cesse depuis d’augmenter. Pour les producteurs agricoles, ça a été comme une révolution», note Vicky Villeneuve, du Centre d’emploi agricole (CEA) de la Mauricie.
Mais voilà, Ottawa a annoncé il y a quelques semaines son intention de resserrer les règles pour les travailleurs provenant de l’extérieur. Pas plus tard que le 25 avril dernier, la ministre des Ressources humaines et du Développement des compétences, Diane Finley, déclarait que le «gouvernement examine des façons de s'assurer que les entreprises recrutent au sein de la main-d'œuvre intérieure avant d'embaucher des travailleurs étrangers temporaires.»
Au CEA de la Mauricie, on s’étonne de cette volonté gouvernementale alors que le mécanisme actuel prévoit déjà que les emplois disponibles soient proposés dans un premier temps aux Québécois. «Avant d’être offerts aux travailleurs étrangers, les emplois sont affichés deux semaines chez Emploi Québec et au Centre d’emploi agricole», explique Vicky Villeneuve.
Sans doute à cause des conditions de travail jugées difficiles par rapport au salaire versé, ces emplois sont boudés par les chômeurs québécois. «Ce sont des gens très travaillants et disponibles», poursuit la coordonnatrice du CEA à propos des Mexicains et des Guatémaltèques.
Françoise Cossette, de l’entreprise familiale la ferme Tournesol (Les Boissons du Roy) à Sainte-Anne-de-la-Pérade, emploie pour la première fois cette année deux travailleurs étrangers dans ses champs. Ces derniers viennent compléter les périodes de la saison où la main d’œuvre locale est difficile.
«Nous voulons bien embaucher localement, mais c’est beaucoup plus difficile. Je ne veux pas les mettre tous dans le même panier, mais la majorité des jeunes ne veulent plus travailler, surtout pas le samedi et le dimanche, et ils veulent avoir le gros salaire. Et à la fin août, ils retournent à l’école. Les travailleurs étrangers, eux, veulent travailler. C’est une obligation, on doit les faire travailler 50 heures par semaine.»
Je serais d’accord pour embaucher des travailleurs locaux, ajoute pour sa part le propriétaire de la ferme Champlinoise, Sébastien Marchand. D’ailleurs, on a déjà des efforts de recrutement à faire avant d’avoir accès aux travailleurs étrangers. Mais j’ai beau publier, je n’ai pas de réponses!»
Même si 75% de sa main d’œuvre est locale, M. Marchand emploie tout de même quelques travailleurs étrangers pour combler le manque. Comme le travail au champ est exigeant physiquement, les gens d’ici ne sont selon lui pas intéressés à venir travailler dans ces conditions, au salaire offert, les week-ends, etc.
Pour Olivier Leblanc, propriétaire du Maraîcher de Batiscan, c’est la même histoire. «Même si on fait du recrutement, si les gens locaux ne veulent pas venir travailler, on ne peut pas les forcer! Tous les ans, on essaie de recruter local, mais c’est toujours en vain.»
Pour lui, l’embauche de travailleurs étrangers est essentielle. «Si on m’enlevait le droit de faire venir des travailleurs étrangers, je crois que je pourrais mettre la clé dans la porte», lance-t-il.
Notons que certains de ces travailleurs viennent en Mauricie depuis les débuts du programme en 2004. Ils arrivent généralement en avril ou en mai et repartent pour leur pays en novembre quelquefois. Ceux qui séjournent durant une longue période travaillent généralement pour plus d’un agriculteur, se déplaçant d’une ferme à l’autre pour le temps des récoltes.


