Les deux fois, l'ex-ministre a répondu à son interlocuteur en demandant combien il était prêt à parier. Au moment d'écrire ces lignes, je ne saurais dire s'il a remporté ou non la mise. Mais au-delà des quelque dollars que M. Duhaime était prêt à mettre sur la table, c'est beaucoup plus le capital de sa candidature à la mairie qui est en jeu.
Parce que ses autres adversaires ont été relativement discrets - émettant quelques réserves face au projet tout au plus - si plus de 884 contribuables viennent apposer leur signature, Yves Duhaime pourra revendiquer seul la paternité de cette «victoire» contre l'administration Landry. Une carte qu'il pourra brandir bien haut dans les prochains mois.
Si par contre, il mord la poussière, il s'agira d'une rebuffade qui le poursuivra tout au long de la campagne l'automne prochain. Il sera alors désigné comme le casseux de party. Une bien pâle épithète, il sera le premier à en convenir.
En fait de notoriété, l'ex-député de Saint-Maurice dépasse tous les autres candidats en lice pour la mairie de Shawinigan. Mais l'Histoire est témoin que l'électorat peut prendre aisément ses distances avec la renommée en certaines occasions.
Dans le cas de Yves Duhaime par exemple, on entend ici et là M. et Mme Tout le Monde qui se questionnent sur les réelles motivations du résident du rang Saint-Olivier, à Saint-Jean-des-Piles. Pourquoi ce subit intérêt pour la chose municipale en 2009 alors que plusieurs projets contestés par les années passées auraient aussi mérités son jugement exercé?
Sous ses airs de gentleman-farmer, M. Duhaime demeure avant tout un avocat qui manie le verbe comme une arme de destruction massive lorsque la situation le commande. Et si ce trait de personnalité fait sourire et rire sa garde rapprochée, elle peut agacer également profondément la populace pour qui la subtilité des propos de M. Duhaime laisse un goût amer et incompris.
C'est là un autre pari que l'ex-ministre des Finances devra remporter s'il veut faire son entrée à l'Hôtel de ville le 1er novembre. Il a beau savoir conduire un tracteur et entailler des érables, l'ex-président du conseil d'administration du quotidien Le Devoir devra réussir à combler le fossé qui le sépare d'une frange de l'électorat.
Et ça, ses airs de grand seigneur et ses déclarations sans appel n'y aident en rien quelquefois.

