L'individu possède une propension à généraliser. Ainsi, devant une réalisation qui a affiché un dépassement de coût, toutes les suivantes en feront autant, quelque soient les assurances qu'on lui donnera.
Là où il devient carrément difficile à satisfaire, c'est lorsqu'on lui présente un projet au coût dispendieux, question d'éviter la sous-estimation du premier. Son premier réflexe sera alors de taxer d'exagération ceux qui le lui soumettent, préférant oublier qu'il dénonçait le contraire la veille.
Des sept sous-espèces qui composent l'homo shawiniganus, celle appelée homo tortulinus est certainement l'une des plus intéressantes à étudier. On reconnaît ses membres pour leur haine viscérale envers les hydravions et les algues.
L'homo tortulinus a ainsi passé à la moulinette les élus shawiniganais il y a quelques jours pour avoir évalué à 48,5 millions$ le coût du projet d’assainissement des eaux usées et d’alimentation en eau potable dans le secteur Lac-à-la-Tortue.
C'est ce qu'on appelle tirer sur le messager.
Il reproche à la Ville de Shawinigan d'avoir fait successivement passer le projet de 17,5 millions$, à 35 millions$ puis finalement, à 48,5 millions$. Si on veut être honnête, il faut se rappeler du contexte dans lequel la première estimation a été dévoilée.
Novembre 2007: Abitibi-Bowater annonce la fermeture prochaine de la Belgo. Shawinigan est en crise; Québec et Julie Boulet sont instamment pressés d'agir. Une dizaine de jours plus tard, la ministre Nathalie Normandeau arrive en ville en avec l'annonce d'une subvention de 14 millions$ pour le projet de Lac-à-la-Tortue. Cette aide était attendue depuis des lustres et elle a été décidée en quelques jours afin de mettre un pansement sur un patient en crise.
Ce n'était pas le temps d'approfondir le dossier. Québec avait un urgent besoin d'un projet pour Shawinigan et il a pris le premier sur la pile: celui de Lac-à-la-Tortue. Cela aurait pu être un autre. Ça n'avait pas d'importance à vrai dire.
Concernant la seconde estimation de 35 millions$, elle a été annoncée en novembre dernier par la Ville avec la mention «étude préliminaire». P-R-E-L-I-M-I-N-A-I-R-E: ça dit ce que ça dit.
Oui, le coût de 48,5 millions$ est astronomique mais n'oublions pas que le conseil municipal actuel n'est tout de même pas responsable de la dégradation du lac à la Tortue qui remonte à il y a plus de trente ans.
Les Tortulinois – ou si vous préférez l'homo tortulinus - sont en colère mais il y a sans doute plusieurs d'entre eux qui, par leur laxisme en matière environnementale, devraient partager une certaine responsabilité vis-à-vis la situation actuelle.

