Pénurie de vaccins, attente interminable, passe-droits aux proches du personnel médical et aux vedettes, décès causés par le vaccin, remarque insultante du ministre à l'endroit des infirmières, clientèle hystérique dans l'attente de recevoir le vaccin pour leurs enfants, personnes âgées dénonçant l'ordre de priorité…
On comprendra dans ce contexte que c'est avec l'épaule découverte - mais la mort dans l'âme - que ma blonde et ma fille se sont dirigées la semaine dernière vers l'ancien Rona H. Matteau pour y recevoir leur dose.
Premier constat à mon retour à la maison pour prendre des nouvelles: il a fallu cinq minutes à ma conjointe le matin pour recevoir un coupon et un peu plus de dix minutes l'après-midi pour se faire vacciner… par un personnel souriant et soucieux de vous mettre à l'aise.
Oui bien sûr, les événements relatés par les médias n'ont pas été inventés mais s'y fier uniquement pour se faire une tête sur la campagne, c'est tomber dans le premier piège venu.
Dans nos sociétés aseptisées, les citoyens sont enclins naturellement à trouver à redire sur tout ce qu'on leur offre. Trop chaud, trop froid! Trop vite, trop lent! Trop grand, trop petit. M. et Mme Tout le Monde ont beaucoup de droits mais peu d'obligations.
Alors forcément, une campagne d'envergure comme celle menée présentement entraîne son lot de critiques qui, on le sait, constitue le sel de la vie, le carburant des médias.
Et là je vous rappelle au cas où vous l'auriez oublié, nous ne sommes que dans une opération préventive. Imaginez un seul instant que nous nous retrouvions dans un contexte d'urgence nationale où le sens civique de tous et chacun serait sollicité. Évidemment, dans ces situations comme ce fut le cas lors de la crise du verglas en 1998, on a droit au meilleur comme au pire de la nature humaine.
Ce qui peut faire la différence entre l'émergence d'une hystérie collective et une opération bien ordonnée, c'est la qualité du chef qui donne les signaux au sommet de la pyramide.
Ici au Québec, le ministre Yves Bolduc n'a pas de toute évidence l'ascendant que dégageait son prédécesseur Philippe Couillard. Alors conséquemment, on assiste à des scènes de zizanie sur le plancher.
En Angleterre en 1940, alors que les nazis bombardaient l'ile britannique, le premier ministre Winston Churchill, prenant la parole au parlement, avait donné un aperçu de ce qui attendait ses concitoyens au cours des prochains mois: «la mort et la douleur seront nos compagnons de voyage, les privations notre vêtement, la constance et la vaillance notre seul bouclier. (…) Je n'ai rien à offrir que du sang, du labeur, des larmes et de la sueur.» À notre époque politically correct et de langue de bois, la franchise de Churchill devrait inspirer nos politiciens. Dire les choses comme elles sont, c'est commencer à traiter les citoyens en adulte. À partir de là, le départage entre les droits et les obligations devient plus clair.




