La Ville de Shawinigan souffre d'un déficit de sympathie incontestable dans l'opinion publique, non seulement sur son territoire, mais dans l'ensemble de la région. À tort ou à raison, on la critique pour sa lourdeur bureaucratique ou son éternelle indécision. Et quand elle prend des orientations, on trouve à redire sur celles-ci.
La saga entourant la construction d'un nouveau bureau administratif au Parc de l'Île Melville n'aidera en rien à rétablir l'image de la Ville.
Rappel des faits: en mai dernier, la Corporation du Parc de l'Île Melville – une créature de la Ville – procède à la démolition de son pavillon administratif plaidant qu'il est insalubre. Parce ce qu'elle croit ne pas être assujettie aux mêmes obligations de la Ville, elle octroie sans appel d'offres à l'entreprise trifluvienne Maison S. Turner un contrat de 193 050$ pour la construction d'un nouvel immeuble.
Un doute s'installe un moment chez les administrateurs qui décident finalement d'inviter des entrepreneurs locaux à soumettre des propositions. Aucune d'elles n'arrive à compétitionner celle de Turner… qui n'avait même pas participé à cette seconde ronde organisée à la va-vite. Le contrat lui est donc redonné une deuxième fois et une avance non remboursable de 73 000$ lui est accordée.
Mis au fait de cette intrigante façon de faire, le plus bas soumissionnaire local, Construction André Magny, demande d'être dédommagé pour son travail, car il estime que les dés étaient pipés à l'avance. Encore aujourd'hui, il étudie la possibilité de porter l'affaire en justice.
Négligence et improvisation totale caractérisent ce dossier -
Embarrassée par toute l'affaire, la Ville décide d'annuler le contrat de S. Turner et de repartir tout le processus à zéro. Selon le contrat qui la lie avec le constructeur trifluvien, Shawinigan pourrait être obligée d'acquitter une pénalité de près de 110 000$.
Toute cette rocambolesque histoire nous mène pour l'instant à une possible facture de 183 000$ (pénalité + acompte) sans même l'ombre d'une bâtisse sur l'Île Melville. Et on se croise les doigts du côté du conseil municipal pour que le litige avec Construction André Magny ne vienne coûter quelques milliers de dollars supplémentaires.
Et ça, c'est sans compter qu'il faudra bien le construire ce pavillon administratif. Il est raisonnable de penser qu'un autre 200 000$ sera nécessaire pour ce faire.
Négligence et improvisation totale caractérisent ce dossier. Dans une firme privée, le responsable serait immédiatement sanctionné et ultimement, congédié. Dans une corporation publique, on les ménage en leur faisant promettre de faire attention la prochaine fois.
Aujourd'hui, on demande aux citoyens d'être plus responsables, d'adhérer au principe de l'utilisateur-payeur. Le même raisonnement devrait être servi aux administrateurs et au personnel des corporations publiques: on appelle ça l'imputabilité…




