À quelques centaines de mètres devant ma maison, tapis sous le champ, on retrouve la conduite majeure qui depuis près de 70 ans amène l'eau du lac à la Pêche jusque dans les résidences de Shawinigan. Mais comme un assoiffé bâillonné dans une SAQ, l'oasis est à portée de main, mais je n'y ai pas accès.
Sur mon chemin Principal, le bitume est tellement crevassé que les pissenlits réussissent à y trouver refuge au printemps et qu'il constitue une aventure extrême pour les cyclistes et les patineurs à roues alignées qui s'y hasardent.
Le câble, n'en parlons pas! Bien qu'il inonde ma boîte aux lettres d'offres promotionnelles vantant leurs produits, Cogéco a décidé que la rivière Shawinigan constituait une frontière infranchissable et tant pis pour les propriétaires qui, comme moi, résident de l'autre côté du cours d'eau.
Donc, à moins de m'en remettre à la technologie des oreilles de lapin au dessus de mon téléviseur, j'ai dû traiter avec un diffuseur de signaux satellites afin d'être dans le coup.
Donc, sur mon chemin Principal, je peux regarder les nouvelles francophones de Winnipeg au Manitoba, de Carleton en Gaspésie et de Gatineau dans l'Outaouais mais parce que Bell Express Vu et Star Choice n'offrent pas les stations locales, ne me demandez pas de commenter le dernier topo diffusé hier à Radio-Canada ou à TVA en Mauricie.
L'aqueduc, la route, la télévision. Vous en voulez plus?
Sur mon chemin Principal, jusqu'à l'automne dernier, l'accès à Internet était possible seulement par téléphone. À l'heure du Wi Fi, il était gênant d'avouer à mes interlocuteurs d'éviter de me transférer des documents électroniques trop volumineux. Et puis, avec une ado à la maison, vous aurez compris que si la ligne était occupée en appelant chez moi, ce n'était pas parce que j'étais en grande conversation à l'autre bout du fil.
Dans ce contexte, comme journaliste, il était frustrant de voir passer une dépêche d'une agence de presse où le premier ministre du Nunavut se réjouissait de voir que 100% de son territoire avait maintenant accès à Internet haute vitesse.
Non mais, si les 6200 habitants d'Iqualuit peuvent connaître le temps qu'il fera demain sur meteomedia.com sans attendre deux heures devant leur écran pour avoir le pronostic, je me dis que sur mon chemin Principal, Internet haute vitesse n'était plus rendu un luxe mais plutôt une nécessité comme un jour le téléphone l'a été pour ma mère...
L'appel a été entendu et grâce à TGV Net un peu avant la fin de 2009, je n'avais plus rien n'à envier aux résidents du Nunavut.
Mais le combat de mon tronçon de route pour avoir accès à Internet haute vitesse est loin d'être unique ici en Mauricie. Des chemin Principal comme le mien, il y en a au lac des Piles, à Saint-Séverin, à Hérouxville, à Montauban…
On raconte que les nouvelles formes de communications électroniques éliminent les distances et sont essentielles au développement économique, ça deviendra vrai le jour où tout le monde pourra avoir accès aux mêmes outils.
Actuellement, l'aborigène de Iqualuit possède une longueur d'avance sur Jean Chrétien au lac des Piles…
À LIRE AUSSI: Internet: Ottawa en basse vitesse




