Il y a deux ans, cette même compagnie pharmaceutique affichait en vedette un couple: un homme d'âge mûr bricolant dans son sous-sol et une femme tout aussi mûre jardinant ses plates-bandes. Quelques images plus tard, on retrouve un escabeau vide et des outils de jardinage traînant par terre. Le logo de Cialis vient fermer la publicité.
Intriguée, ma fille m'interroge:
- C'est quoi ces pilules là?
- Euh. Euh. Euh. Attends un peu, je vais me chercher un verre d'eau.
À mon retour, la bonne enfant est finalement venue à ma rescousse:
- Moi je le sais. Ce sont des médicaments pour l'Alzheimer. L'homme et la femme ont oublié de continuer de faire ce qu'ils avaient commencé!
Soupir de soulagement, l'arbitre procède à la mise au jeu:
- Ouais, ça bien du bon sens…
Non, mais, on ne commencera pas tout de même pas l'éducation sexuelle d'une pré-adolescente durant une partie de hockey, au hasard d'une publicité sur la dysfonction érectile.
Deux ans plus tard, je prends toujours plaisir à observer le périple des Glorieux en séries et encore une fois, Cialis est venu perturber la relation d'un père et de sa fille.
Cette fois-ci par contre, ma fille de douze ans – presque treize me corrige-t-elle toutes les fois – ne me demande plus quels maux Cialis peut corriger.
Sans doute sait-elle maintenant que l'Alzheimer n'a rien à voir là-dedans.
Mais plus j'y songe, plus je crois qu'elle n'était pas si éloignée de la vérité. Le Viagra et ses dérivés génériques ne soignent pas l'Alzheimer mais pour ceux qui les consomment, c'est une façon d'oublier l'inexorable marche du temps …
Quant à ma relation avec les petits pilules en question, elle est semblable à celle du nouveau quinquagénaire qui se fait offrir une carte de l'âge d'or: ce n'est pas parce qu'on a l'âge d'en recevoir une qu'on en a de besoin…

