Il est raisonnable de penser qu'après 10 ans de militantisme au sein du NPD, 8 mois dans l'exercice de son mandat et suite à son appui à l'automne 2011 de Thomas Mulcair à la chefferie du NPD la motivation de la députée de St-Maurice, flattée par les chants séducteurs des sirènes libérales, repose davantage sur son désir de sortir de l'ombre en faisant un bras d'honneur au parti qui l'a vu naître et dans lequel elle ne pesait pas lourd, que sur son attachement aux valeurs défendues par le parti libéral. Un parti rejeté par les électeurs québécois à la suite de l'enquête sur les commandites, ce qui correspond à 82 % des électeurs ayant voté à l'élection dans St-Maurice-Champlain.
Si bien qu'aujourd'hui, la députée de St-Maurice ne représente plus que 11,89 % des électeurs soit 5670 électeurs ayant voté libéral alors que 18 628 ont voté pour le NPD. D'aucuns qualifient cette défection comme un véritable détournement démocratique.
Toujours, selon Desmond Morton, la plupart des députés qui quittent leur parti deviennent indépendants pendant quelques jours ou quelques mois, jusqu'à ce qu'ils se taillent une place au sein d'une autre formation politique et, parfois même, jusqu'à ce qu'ils réintègrent leur ancien parti.
Cette façon de faire habituelle des transfuges de devenir indépendant avant de changer de parti démontre le sérieux de leur démarche, ce qui n'a pas été suivi ni par François Rebello ni par Lise St-Denis. Tout s'est fait dans la précipitation. Ce qui nous amène à la légitimité du geste posé par les transfuges.
Si la décision de changer de parti n'est pas interdite par la loi, qu'en est-il de la légitimité et de l'éthique?
Ainsi, puisque les électeurs peuvent dorénavant voter à la fois pour un parti et un candidat, un député élu va-t-il à l'encontre de leurs intérêts lorsqu'il refuse de représenter le parti sous la bannière duquel il a été élu ?
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Un candidat est-il lié par les politiques du parti qu'il représente ? Les électeurs peuvent-ils exiger des candidats qu'ils donnent l'heure juste dans leur publicité ? Avant 1974, au Canada, les candidats étaient officiellement « indépendants » et une part importante de la campagne électorale était consacrée à graver dans la mémoire de l'électorat leur affiliation à un parti. Cela n'est plus nécessaire depuis que la Loi électorale a été modifiée en 1974. Peut-on souhaiter qu'on ira plus loin encore en interdisant à un candidat de changer d'allégeance politique ?
Par respect des électeurs, les transfuges devraient-ils démissionner pour pouvoir ainsi mettre à l'épreuve leur nouvelle allégeance à l'occasion d'une élection partielle ? D'aucuns s'y opposent en raison des coûts qui en découlent.
La question se pose toujours, puisque certains partisans déplorent toujours la défection d'un élu, alors que d'autres voient d'un bon œil une conversion qu'ils considèrent positive. Mais, à l'évidence, force est de reconnaître que les transfuges politiques ne constituent certainement pas le remède approprié pour vaincre le cynisme ambiant.
Les députés Rebello et St-Denis devront vivre avec les conséquences de leur choix mais ils ont une abrupte pente à remonter afin de rebâtir leur crédibilité et convaincre les électeurs de leur sincérité et du bien-fondé de leur choix.
- Claude Gélinas
Juge administratif à la retraite
Shawinigan

