Au milieu des années 1940 à Shawinigan, âgés d’une quinzaine d’années, Simone et Albertin se fréquentent. Elle s’apprête à terminer sa 9e année et lui travaille à casser des pierres à 10¢ de l’heure. Albertin prend une partie de son salaire pour aller voir des vues avec sa fiancée aux cinémas Cartier sur l’avenue Saint-Marc ou au Roxy au centre-ville.
Une future religieuse
Issues d’un milieu ouvrier, les deux familles sont pauvres. Afin qu’elle poursuive son éducation, Simone est envoyée à 14 ans à Montréal chez les Petites filles de Saint-François. Les frais sont assumés par l’Église mais en contrepartie, elle deviendra religieuse.
C’en est fini des amourettes de Simone et Albertin qui s’envoyaient en cachette des baisers sur le balcon des appartements où leur famille logeait.
Quatre années passent au cours desquelles lorsque Simone revient de temps en temps à Shawinigan, leurs regards se croisent en de rares occasions. À quelques semaines de prononcer ses vœux perpétuels, elle quitte le couvent avec l’accord de ses parents. Une condition toutefois: elle doit se marier.
Pas de problème, ils lui ont trouvée un mari: un ouvrier de la Carborandum. Pourquoi pas Albertin dont elle chérissait encore le souvenir? Non! Trainant une réputation de tête forte, le jeune homme travaille sur la construction tandis que l’autre a un emploi stable. L’affaire est classée et l’union est scellée en juillet 1951.
«Je veux me faire tuer»
De son côté, Albertin est un homme brisé. Il décide de s’enrôler dans l’armée et il est rapidement dépêché en Corée où le Canada mène la guerre contre la Chine communiste. Le Shawiniganais demande un billet aller seulement: «Je veux le poste le plus dangereux, demande-t-il à son commandant. Je veux me faire tuer!»
Dix-huit mois plus tard, en 1953, il revient au Canada mais avec cinq blessures au corps, conséquences d’éclats de bombes et d’explosion de mines. L’une d’elles provoquera quelques années plus tard l’amputation partielle de sa jambe.
Sur le front, Albertin entretien une correspondance avec une femme du Nouveau-Brunswick qu’il n’a jamais vu. Il l’épousera à son retour. «Un mauvais mariage», confie l’homme âgé aujourd’hui de 81 ans. Trois enfants sortiront de cette union qui aura durée 16 ans.
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