«Nous étions en train de démolir les murs en prévision de rénovations au 2ième . Après avoir frappé de multiples couches de contre-plaqué, de tapisseries et de bois, nous avons découvert ces vieux journaux contre le bois!», s’exclame Annabelle Baril. En effet, l’un des murs d’une pièce du haut de la demeure ancestrale arbore de vieilles éditions de La Presse datées du 27 et 28 mai 1913 et du 16 juin 1914. «C’est tellement spécial que sur le coup, je me suis mise à pleurer», raconte la jeune femme de 22 ans émue. À l’origine, ses vieilles publications devaient servir d’isolant. «On se demande même si d’autres murs de la pièce ne nous cachent pas de surprises», ajoute-t-elle.
Le propriétaire de la maison, Izabo Tremblay, électricien, n’a pas été aussi bouleversé par cette trouvaille. «C’est certain que ce n’est pas commun, mais je n’en fais pas tout un plat. Ce qui m’a davantage étonné a été de constater le prix dérisoire des voitures», rigole-t-il en faisant allusion au véhicule StudeBaker de 7 places annoncé à 2000$ dans les pages de La Presse. Autre temps, autre prix.
Annabelle Baril, qui étudie en enseignement de la géographie et de l’histoire à L’Université du Québec à Trois-Rivières, a trouvé bon de souligner l’influence britannique qu’on remarque aisément au sein des divers articles ou publicités du célèbre quotidien. «De nombreux anglicismes sont présents dans les phrases et les titres de pièces par exemple. Ça témoigne de l’hégémonie des Anglais sur les Français à cette époque», constate-t-elle. Aussi, les vieilles publicités comme celles la boisson Coca-Cola ont retenu son attention par leur cachet unique.
Les grands titres de 1913 et 1914
À travers les ventes de corsets ou de gramophones, les nouvelles qui méritent une mention son le projet de création des maternelles en éducation, une controverse chez les bouchers concernant les peaux des veaux, la demande d’un comité de censure pour sauver la morale au sein des pièces dramatiques, une possible magouille dans les contrats d’élargissement du réseau d’aqueducs et une propagande chez les employés de brasseries.
Comme quoi, plus ça change, plus c’est pareil. La religion et la corruption défrayaient également les manchettes il y a 100 ans. Cependant, signalons l’amélioration du racisme qui était présent à l’époque. On en trouve des traces dans un texte où la couleur de la peau d’une personne est utilisée comme argument pour renforcer l’impact du méfait commis.
Que faire de ces journaux?
Depuis cette étonnante découverte, le couple s’est questionné à savoir ce qui allait advenir de ces vieux journaux datant de 100 ans. «Nous ne sommes pas des connaisseurs et n’avons pas les outils pour manipuler ces feuilles de papier fragiles», explique madame Baril. «Il faudrait que des experts viennent sur place évaluer la valeur des papiers. Peut-être qu’ils pourraient ensuite les conserver comme archives et en faire profiter le public», affirme-t-elle. Chose certaine, dans la mesure du possible, le couple souhaiterait préserver ces «précieux papiers».


