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Héros sur deux roues

Vendredi dernier, votre journaliste de l’Hebdo s’est prêtée au jeu de passer quelques heures dans la peau d’une personne ayant un handicap physique ou sensoriel. Ci haut, Geneviève Beaulieu Veilleux et son accompagnateur Claude Bellavance. Bernard Lepage

Vendredi dernier, votre journaliste de l’Hebdo s’est prêtée au jeu de passer quelques heures dans la peau d’une personne ayant un handicap physique ou sensoriel. Ci haut, Geneviève Beaulieu Veilleux et son accompagnateur Claude Bellavance.

Geneviève Beaulieu-Veilleux
Publié le 11 Septembre 2012
Publié le 10 Septembre 2012
Geneviève Beaulieu-Veilleux  RSS Feed

Il fait beau, nous sommes vendredi après-midi. Le centre-ville de Shawinigan grouille de monde. Certaines personnes se déplacent pour magasiner ou siroter un café sur une terrasse. J’avance au sein de la foule et les regards se posent sur moi. Oui, je prends de l’espace et je me déplace difficilement. Ce n’est pas que je sois grosse, c’est simplement que j’ai besoin d’un fauteuil roulant à défaut de pouvoir me tenir sur mes jambes… du moins, le temps d’une affectation.

Sujets :
Association pour la déficience intellectuelle Centre-Mauricie , Shawinigan

Jeu de rôles

Je ne suis atteinte d’aucun handicap particulier, mais j’en ai fait l’expérience l’espace d’un après-midi dans le cadre du mini-rallye au centre-ville de Shawinigan organisé par Handicaps Soleil, BAIL Mauricie et l’Association pour la déficience intellectuelle Centre-Mauricie. Cette activité de sensibilisation en était à sa première édition et vise à conscientiser les gens à la réalité de personnes vivant avec un handicap physique ou sensoriel, ainsi qu’aux obstacles qu’elles rencontrent. Laissez-moi vous dire qu’après seulement quelques minutes à pousser tant bien que mal les roues de mon fauteuil roulant, les personnes à mobilité réduite ont vite pris des allures de héros sur roues.

Durant plus de deux heures, certains courageux de la région, dont je faisais partie, ont donc expérimenté ce que ça représentait de se déplacer en fauteuil roulant sur les trottoirs à l’état plus que douteux du centre-ville. Ensuite, les participants ont tenté de commander un sous-marin dans un restaurant avec la contrainte de ne pouvoir entendre ou parler. Disons que la communication en est plus ardue entre le préposé et le client. Enfin, l’ultime épreuve était d’accéder à la salle de bain adaptée dans un second restaurant. À ce moment, je me suis vraiment demandé si ceux qui construisent ce genre de toilettes testaient leur installation après coup. Une fois rentrée dans la petite pièce, je ne pouvais quasiment plus bouger ou refermer la porte tant l’espace était devenu étroit, et ce, même si mon fauteuil était loin d’être le plus imposant. Ouf!

J’ai découvert que plusieurs infrastructures et installations sont conçues pour les gens dit «normaux», mais ne conviennent pas à une clientèle dite «différente». Merci à mon accompagnateur Claude Bellavance, trésorier et bénévole à Handicaps Soleil, qui m’a assistée lors de ce périple dans les rues du centre-ville. Un autre merci à Josée Houle et Sophie Leblanc, respectivement directrice générale et présidente d’Handicaps Soleil qui ont rendu la tenue de cette activité possible. Elles ont ainsi exprimé le désir que ces mises en situation «ouvrent les yeux des gens». Les deux dames se sont montrées encourageantes, non sans se laisser-aller à envoyer quelques moqueries ici et là durant le parcours aux participants. Un petit plaisir coupable bien mérité puisqu’elles savent mieux que quiconque ce à quoi ressemble le quotidien des réguliers d’Handicaps Soleil au jour le jour. Elles savent aussi ce dont «les gens normaux» sont capables, à leur instar.

Des obstacles multiples

Lorsque chaque parcelle de trottoir abimé ou encore chaque conducteur pressé devient une menace potentielle, il est clair qu’on se sent plus vulnérable. Il fait alors bon avoir un accompagnateur ou un ami sur qui compter en cas de pépin. Et, croyez-moi, les obstacles sont nombreux ! Parlez-en aux «vrais» handicapés qui fréquentent l’organisme Handicaps Soleil.

Ginette Durand, secrétaire à Handicaps Soleil, indique qu’elle a les trottoirs de la ville de Shawinigan en horreur. Celle qui est atteinte de fibromyalgie dit appréhender l’arrivée de son premier hiver en fauteuil roulant. «Je suis heureuse d’avoir un mari présent qui est là pour moi. Si j’étais seule, je ne sais pas comment je me débrouillerais», lance la dame songeuse.

Pas de tristesse

«Je suis déjà tombée de mon fauteuil pour atterrir en plein visage par terre!», raconte Nancy Bordeleau, une habituée d’Handicaps Soleil, fixée à son fauteuil roulant du plus loin qu’elle se souvienne. La coquette femme aux ongles parfaitement manucurés parle de la piètre condition de l’espace piétonnier comme d’une réalité désagréable. Elle ajoute aussi que l’espace restreint près des terrasses de la 5e rue rend l’accès aux personnes dans sa situation risqué, voire carrément dangereux. Et pourtant, les sourires des membres de l’organisme ne traduisent pas de colère ni de tristesse. Impressionnant ! Peut-être est-ce les multiples activités proposées par Handicaps Soleil qui mettent du soleil dans leur quotidien. Peinture, boccia, bingo ou souper de groupe sont offerts à la centaine de membres de l’organisme.

Une mise en situation a été particulièrement marquante lors de ma participation au mini-rallye. Comment diable fait-on pour utiliser un guichet automatique lorsque l’on est une personne de petite taille ? À genoux et les mains collées le long du corps, je me suis portée au jeu pour constater que l’installation de la caisse populaire n’était nullement adaptée à ma situation (qui était heureusement hypothétique). Merci à la patience des citoyens que j’ai croisés. Je me serais mal vu affronter l’impatience de gens pressés, car il est difficile de fonctionner rapidement lorsqu’on doit fournir toute son énergie pour un simple retrait d’argent…quand cela est physiquement possible.

Handicap Soleil aura 20 ans

Arrêter en mi-parcours, car l’exercice est éprouvant, que j’ai chaud ou que je suis lasse du regard différent des gens à mon endroit ? Jamais. Avoir mal aux bras et me sentir plus que choyée de ma condition physique et sensorielle le lendemain : tout à fait ! Cette couverture journalistique très interactive m’aura permis de me glisser l’espace de quelques heures dans la peau de gens qui «l’ont moins facile que la plupart d’entre nous». Les embûches prennent alors un aspect beaucoup plus réel et fréquent. Il n’y a rien comme de «se mettre dans les souliers de quelqu’un pour mieux le comprendre», dit-on. Eh bien, il n’y a rien comme rouler quelques mètres dans un fauteuil roulant pour réaliser à quel point les personnes qui en ont réellement besoin sont déterminées et courageuses ! Étonnement, jamais je n’ai éprouvé de pitié envers leur condition. Je leur adresse plutôt toute mon admiration et je leur dis : «Vous n’êtes rien de moins que des héros sur roues !»

Continuez à vous battre pour vos droits et pour de meilleures installations par le biais d’Handicaps Soleil qui célèbrera ses 20 ans en fin septembre. Quel beau cadeau ce serait que la Ville consente à régler certaines requêtes plus que raisonnables, à commencer par revoir la qualité des trottoirs ou l’accès à l’Hôtel de ville pour les personnes en fauteuil roulant. Si le cœur vous en dit, venez faire un tour et jaser de ces réalités avec la belle gang d’Handicaps Soleil lors de leur anniversaire le 24 septembre prochain aux locaux de la 4e rue. Parions que vous en ressortirez transformés tout comme je le fus à la suite de ce mini-rallye mémorable.

Commentaires

  • Nom de l\'usager
    Ginette Durand
    - 10 Septembre 2012 à 19:50:40

    Félicitation pour votre reportage. J'espère que ce cri du coeur sera entendu par les personnes qui peuvent remédier à ces situations. Signé : Ginette Durand (secrétaire au conseil d'administration d'Handicap Soleil).

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