Sportif depuis sont tout jeune âge, Pierre Lapointe a mis longtemps avant de se décider à participer à la Classique internationale de canots de la Mauricie. Pratiquant davantage le ski de fond et le vélo, ça lui aura pris 54 ans avant de se décider à participer à la célèbre course de canots. «Il s'est acheté un bateau et a commencé à s'entraîner pour faire la Classique en septembre. Je me souviens qu'il voulait à tout prix un bateau de Serge Corbin. À l'été 1997, il a participé aux courses du mercredi et à quelques-unes sur le circuit provincial. Nous allions toujours au Parc national de la Mauricie en faire en couple et Pierre suivait la Classique depuis qu'il était tout jeune. Quelques semaines avant la Classique, Jean Gauvin lui a demandé de former une équipe avec lui, car il savait qu'ils avaient la même éthique de travail», raconte Lise Cloutier Lapointe, qui a finalement vu son mari décrocher la 41e place.
L'aventure s'est poursuivie pour huit autres Classiques, sa femme s'entraînant avec lui à plusieurs reprises et n'hésitant pas à le soutenir dans sa préparation avec le ravitaillement et le chronométrage. En 2005, Pierre Lapointe s'est blessé à l'épaule et a été forcé de suspendre la compétition pour un moment. Lorsqu'il est revenu au meilleur de sa forme, il a décidé de se retirer, mais s'est tout de même donné la mission d'encourager ses amis canotiers pendant la Classique.
À la mi-octobre, la famille Lapointe a appris une bien mauvaise nouvelle, alors que Pierre a été diagnostiqué avec la Sclérose latérale amyotrophique. La communauté des canotiers a donc décidé de créer la course hommage à Pierre Lapointe, qui aura démontré qu'il est toujours possible de participer à la Classique avec beaucoup de détermination, peu importe votre âge. «C'est Serge Pagé qui a décidé de faire cette course et tous les autres canotiers ont embarqué dans son projet. Pierre était très apprécié par le groupe à l'époque et de mon côté, je connaissais tout le monde, car j'ai été trésorière pendant cinq ans à l'ACCQ. Lorsqu'ils ont appris que Pierre avait la SLA, ils ont été très touchés par sa maladie. Certains avaient même la larme à l'œil en apprenant la nouvelle. C'est vraiment une intention extraordinaire qu'on lui a faite en organisant cette course», a souligné Mme Cloutier Lapointe, qui était présente à la course de dimanche.
Le plus connu des canotiers, Serge Corbin, a même réservé une belle surprise pour Pierre Lapointe lors de cette journée. «Serge Corbin a dit qu'à la gang, ils allaient être assez forts pour mettre Pierre dans un canot. Je me disais que c'était pratiquement impossible de faire ça, mais Serge et le frère jumeau de Pierre l'ont finalement amené pour une balade. Pierre était très ému, car ça met un baume sur sa maladie et ça va l'aider à passer les journées plus difficiles, car il va repenser aux beaux moments que les gars lui ont fait vivre».
«Un athlète pas comme les autres» -Stéphane ThibeaultLe canotier Pierre Lapointe aura obtenu son meilleur classement à la Classique en 2001, alors qu'il a terminé 21e en compagnie de Stéphane Thibeault. «Je m'entraînais souvent avec lui et comme j'étais professeur, et qu'il était retraité, il était toujours disponible lorsque j'avais du temps. Ça allait bien avec Pierre et c'est un gars qui ne lâchait jamais. Des longues courses, il faisait ça facilement. J'ai fait sept Classiques et c'est le meilleur partenaire que j'ai eu pour faire glisser son canot sur l'eau. C'est vraiment une question de technique et de synchronisation avec l'autre canotier», se souvient son ancien-partenaire, qui a été touché à l'annonce de sa maladie.
Même s'il ne peut plus pratiquer ses sports favoris, Pierre Lapointe demeure un athlète qui aura marqué une génération de sportifs. «C'est quelqu'un qui nous poussait à nous dépasser constamment. Je suis convaincu qu'au niveau de sa physionomie, Pierre était au-dessus de tout le monde. C'était vraiment une exception et un athlète pas comme les autres», affirme Stéphane Thibeault.


