Le village disparu de Rapide-Blanc au petit écran

«Sacrés objets» de TV5 de passage dans la région

Michel Scarpino michel.scarpino@tc.tc
Publié le 22 novembre 2016

SOUVENIRS. L'émission Sacrés objets de TV5 consacrera un segment d'une douzaine de minutes au village disparu de Rapide-Blanc, lors d'une émission qui sera diffusée à l'automne 2017.

Tout le monde s'adonnait bien à Rapide-Blanc. Les gens cherchaient beaucoup à se tenir ensemble. - Jacques Masson

Tout récemment, d'anciens résidents ont été conviés à se rendre sur les lieux de leur jeunesse Tout récemment, d'anciens résidents ont été conviés à se rendre sur les lieux de leur jeunesse avec l'équipe de la maison de production Toast.

On a ainsi réuni cinq anciens résidents, soit deux générations de gens. D'une part, d'anciens travailleurs de la centrale d'Hydro-Québec de l'endroit, âgés d'environ 80 ans et d'autres, dans la jeune cinquantaine. Par les témoignages entendus, on y fait ressortir le fait que le village de Rapide-Blanc a vécu une vie sociale et sportive riche, de 1928 à 1971, soit jusqu'au moment où Hydro-Québec automatisait la centrale.

Unanimement, les beaux souvenirs et les anecdotes fusaient. On a voulu s'enquérir de ce qu'était la vie dans le village de 53 maisons, toutes propriétés de la Shawinigan Water and Power, comptant un peu plus de 250 habitants qui vivaient avec de forts liens. Bon nombre d'images d'archives vont aussi être utilisées. On y relatera le vécu des anciens du village mais aussi le retrait d'une industrie, qui causa la fermeture de l'agglomération. Rapide-Blanc n'est pas le seul exemple d'agglomération ayant dû fermer pour parce que l'employeur principal devait cesser ou modifier ses opérations.

Jacques Masson se souvient

Le Latuquois Jacques Masson a beaucoup apprécié le tournage. L'homme de 84 ans a beaucoup de souvenirs de cet endroit, lui qui a d'abord été à l'emploi de la Shawinigan Water and Power. Il aime bien raconter la vie qu'on y retrouvait, les tournois de curling (dont un qu'il a remporté) mais surtout la chasse et la pêche, deux véritables passions encore présentes chez lui. Avec son épouse Louise Fluet, il a élevé cinq de ses sept enfants à Rapide-Blanc.

Les Masson ont quitté le village en 1963 après 12 ans, à destination de La Tuque, voulant se rapprocher de la ville et des écoles pour ses enfants. C'est comme M. Masson avait senti l'étatisation ayant mené à la création d'Hydro-Québec qui s'est faite quelques années plus tard.

Sacrés Objets comportera 13 épisodes d'une heure et chacun d'eux relatera 5 objets disparus. Dans le segment qui nous intéresse, la thématique abordée sera celle des cartes. Quel est le lien avec Rapide-Blanc? Le village fantôme a été rayé de la carte en 1971. La série est animée par Mathieu Quesnel, qu'on a vu à plusieurs reprises au petit écran. Outre les anciens habitants du village, une équipe technique formée de caméraman, preneur de son, directeur photos et réalisateur s'est aussi rendue sur place.

Les anciens se retrouvent

En abordant le thème du tournage, TC Media a appris qu'une grande réunion des anciens de Rapide-Blanc est tenue tous les cinq ans environ. La dernière a eu lieu en 2013 et elle a réuni une cinquantaine de personnes, par une journée magnifique.

Jacques Masson a longtemps organisé cette rencontre et même s'il a passé le flambeau, il est toujours prêt à y retourner. Il relate que l'une d'elles a déjà permis de réunir jusqu'à 72 invités. «Tout le monde s'adonnait bien à Rapide-Blanc (…) Les gens cherchaient beaucoup à se tenir ensemble»,  a-t-il fait remarquer.

«Il y a encore l'esprit de Rapide-Blanc qui se maintient», observe fièrement Paul Desbiens créateur d'un site web mis sur pied exclusivement pour les anciens de Rapide-Blanc. M. Desbiens, qui réside maintenant en Ontario, il y a vécu les 10 premières années de sa vie. Son père était le mécanicien en chef du village. Il se souvient très bien des terrains de jeu face à l'école ou des journées spéciales pour les enfants au lac Croche. «Tout était gratuit là-bas», se remémore-t-il, en parlant des infrastructures de loisirs. On y retrouvait beaucoup d'anglophones qui se mélangeaient très bien aux francophones sur place.

Pour Jacques Masson, le sentiment d'appartenance à Rapide-Blanc est demeuré tel quel : une fois à la retraite, avec quelques copains retraités d'Hydro-Québec, ils ont refait bénévolement l'isolation du bâtiment des retraités pour le rendre confortable quatre saisons. La société d'état n'a eu qu'à payer les matériaux. M. Masson s'y rend d'ailleurs quelques fois par année, pour y taquiner le poisson.

Sept maisons ont survécu à Rapide-Blanc. «Dans le passé, les maisons étaient sous-utilisées, une réflexion a été entreprise en raison de la sécurité du public et des actes de vandalisme. Hydro-Québec souhaitait  préserver les maisons pour des raisons patrimoniales, mais à moindre coût. La solution qui a été prise est de les louer à des associations. Ces associations permettent d’assurer une surveillance des lieux et amortissent par le loyer qu’elles paient à valeur marchande et les dépenses qu’elles assument (électricité, travaux de maintenance mineurs), les coûts associés à l’obligation de conserver ces maisons patrimoniales», indique Élisabeth Gladu, conseillère – relations avec le milieu chez Hydro-Québec.

Aussi, les anciens du village se sont retrouvés dans un des bâtiments qui appartient toujours à Hydro-Québec et une autre rencontre pourrait bien avoir lieu en 2018 «si les astres sont alignés».

Gageons qu'ils auront d'autres anecdotes intéressantes à se raconter à ce moment.