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Magasinage du printemps!

Publié le 19 avril 2017

Marilou Hamel-Fréchette

©(Photo gracieuseté)

PAR MARILOU HAMEL-FRÉCHETTE | CHRONIQUE. Le printemps, moment où une douce odeur de dégel flotte dans l’air, les amours naissent, mère nature a des sautes d’humeur, les quartiers revivent et les chiens ont toujours les pattes pleines de boue!

Quand j’étais petite, cette période rimait avec la sortie précoce des bicyclettes pour courser avec mes soeurs dans notre longue entrée encore pleine de neige et de «p’tites roches» et de l’achat d’un «kit de Pâques». Ah! le fameux «kit de Pâques»!

Quelques semaines avant le Vendredi saint, on attendait toutes le moment où mon père allait déclarer comme il le faisait chaque année: «Bon! On s’en va dépenser aujourd’hui! Qui veut venir?» C’était le signal de départ pour le magasinage d’un nouvel ensemble, qu’on allait pouvoir «étrenner» chez mes grands-parents le dimanche, tout en se régalant d’un jambon aux ananas, de patates pilées crémeuses et de toutes les petites douceurs déposées sur la paille colorée de notre panier de Pâques, préparé avec soin par ma grand-mère. On recevait assez de chocolat pour tenir un an, mais on en mangeait une bonne partie le jour même, ignorant nos parents qui répétaient: «Rendez-vous pas malades!», n’écoutant que grand-maman qui répliquait avec: «C’est fête! Laissez-les faire!»

L’achat de notre ensemble de printemps était toujours précédé d’une longue recherche de souliers propres grandeur 13 pour mon père, qui avait beaucoup de difficulté à chausser ses pieds de géant. Je me souviens encore de l’odeur du magasin pour hommes où il allait souvent, qui sentait le tissu neuf des beaux vestons et l’after-shave de monsieur sérieux. C’était un endroit un peu figé dans le temps, où les enfants se tenaient instinctivement tranquilles et où j’avais toujours l’impression que le seul bruit audible provenait des pas feutrés des vendeurs sur le tapis impeccable.

Une fois les achats de mon père terminés, notre tour venait enfin! Alors que ma mère nous habillait habituellement le reste de l’année, on avait le droit de choisir nos vêtements pour cette occasion. Évidemment, pas besoin de dire que l’équation «années 80-90 + petites filles aux goûts douteux» a amené son lot de d’agencements discutables, immortalisés par de mémorables photos de mes soeurs et moi, posant fièrement en bermudas taille haute de satin mauve, blouses fleuries froufroutantes et bas jaunes non-assortis, notre sublime coupe au carré sur cheveux trop épais pré-existence-du-fer-plat scellant notre sort de fashion victims.

Malgré nos tragiques sélections vestimentaires, encore aujourd’hui, ces souvenirs sont immanquablement liés au renouveau et la promesse des beaux jours, en plus de donner l’occasion à mes enfants de rire un bon coup en feuilletant les albums, le plus vieux se moquant gentiment avec un: «Wow maman, t’étais stylée!»