OPINION- Aux Louise et aux Serge de ce monde
D'entrée de jeu, il me faut vous dire que je ne connais pas Serge. Du moins, je ne le crois pas. Je n’ai cependant que de bons souvenirs de ses oncles Gérard (Guerloutte) et Martial (Baily).
Des amis de pêche et ex-travailleurs à la Belgo. Pourquoi Serge me demanderez-vous? Bonne question. Tout simplement parce que des gens qui l'aiment m'en ont parlé et cela m'a donné le goût de lui faire ce p’tit clin d'œil. C'est une belle histoire, vous verrez.
À l'instar de plusieurs d'entre nous, je fais mon magasinage des Fêtes à la dernière minute. Rien de trop confortable mais combien excitant. C'est mon choix. J'aime cette ivresse, voir les gens courir d’un magasin à l’autre, sourire, échanger entre eux. D’autre part, pauvre homme que je suis, je compose mal avec un ou deux volets du magasinage, dont l’emballage. Ah, sacré emballage!
Je me pointe donc au comptoir offrant ce service et présente le paquet. La talentueuse dame m'accueille chaleureusement et commence à dorloter mon cadeau. Oisivement, je continue le placotage avec les passants jusqu'à ce qu'une connaissance m’interpelle sur l’un de mes récents commentaires qui traitait des évènements liés à la fermeture de l'usine. «J'ai mal à la Belgo», que je lui lance. Sur le fait, je sens la dame emballeuse devenir plus nerveuse. Elle me jette un regard discret et… «Vous êtes le monsieur de l'Hebdo», me demande-t-elle… «Mon mari travaille à la Belgo.» Me voilà gelé sur place.
Elle se nomme Louise. C'est la femme de Serge, notre travailleur de la Belgo. Nous entamons donc discussion alors que ses mains s'affairent à mettre le ruban. Je ne parle pas trop…Je suis même sans mot. Dans mon cas, c'est assez rare. Louise me parle de son homme. Il est inquiet son Serge. Il est songeur son Serge. Il le prend mal. Il n'a pas l'âge requis à la retraite sans pénalité. Il se demande ce qu'il va faire, ce qui va leur arriver.
J'y vais bien de quelques phrases de circonstance, encouragements malhabiles. Je vous l'ai déjà dit, je suis sans mot. Louise, elle, continue de m'en parler. Ses yeux brillent. Un mélange de douleur et d'amour je crois. Elle n'en a que pour son Serge. Et puis me vint l’idée. «Je vais parler de Serge dans la prochaine édition de l’Hebdo», lui dis-je en quittant le comptoir, cadeau enjolivé on ne peut mieux.
Je ne sais trop que te dire Serge. Les mots s'avèrent dans les circonstances que piètre baume sur plaie vive. Je tiens cependant à partager avec toi ces instants vécus avec ton épouse Louise et ta fille Marie-Line au comptoir d'emballage. J'ai senti et je ressens toujours leur amour pour cet époux, ce père. Et je sais que par elles et tous les tiens, la Vie te protège.
Un sage ami me disait un jour alors que je filais mauvais coton: «Tu sais Michel, dans la tempête, il est difficile d'apercevoir le littoral. Mais accroche-toi au gouvernail et tiens bien le cap face au vent, car le l'autre côté une douce rive t'attend.»
Mon ami avait vu juste.
En ce début d’année 2008, discrètement, nous sommes là Serge, à tes côtés.
Salue bien tes confrères de travail de notre part.