La Coalition contre le bruit est insultée
Les recommandations du Comité sur le bruit et les émissions des aéronefs ne lui plaisent pas
Après 13 ans de lutte contre la pollution sonore émises par les hydravions touristiques au Lac-à-la-Tortue, la Coalition contre le bruit a accueilli comme un affront, voire une véritable provocation les recommandations récemment formulées par le Comité sur le bruit et les émissions des aéronefs (CBÉA)…
Dans un document intitulé «Dissidence» transmis le 19 juillet dernier au Comité des affaires réglementaires de l’Aviation civile (CARAC), et dont L’Hebdo a obtenu copie, le regroupement estime qu’«à l’opposées de l’intérêt public, ces recommandations carrément inacceptables doivent êtres dénoncées publiquement et citées comme un exemple-type du peu de considération accordée par les membres du Comité à la demande d’interdiction formulée par les élus des trois niveaux de gouvernement et par les citoyens soucieux de vivre dans un environnement sonore sain».
Par le biais de son président Claude Gélinas, signataire du document, la Coalition s’élève notamment contre la recommandation de limiter les vols touristiques et de mettre en place des procédures de réduction du bruit. Selon elle, de telles mesures ont toujours abouti à des échecs au Lac-à-la-Tortue, mais également au Lac St-Augustin, dont la lutte des résidants contre la pollution sonore a obligé Transports Canada à interdire les hydravions touristiques en 1997…
«Ces échecs sont attribuables au fait qu’aucun moyen coercitif (imposition de sanction rendue publique, suspension de permis…) n’a été mis en place et appliqué rigoureusement afin d’avoir un effet dissuasif auprès des opérateurs qui seraient tentés de contrevenir aux restrictions imposées.»
Tout aussi cinglante est la réponse de la Coalition à la recommandation émise par la CBÉA de limiter à 120 le nombre de mouvements quotidiens (décollages ou amerrissages) d’hydravions. «Ce nombre ne tient aucunement compte du bruit auquel sont exposés les riverains de Lac-à-laTortue et de ses effets sur la santé. Comme chaque mouvement entraîne un niveau sonore moyen de 105 db, cette recommandation correspond à un niveau de bruit quotidien de… 12 600 db!»
La Coalition va plus loin en affirmant que ce nombre de mouvements a été fixé dans le but évident de maintenir les opérations commerciales d’Aviation Mauricie et d’Hydravion Aventure.
Les recommandations de limiter à quatre, au maximum, le nombre d’aéronefs utilisés par ces deux entreprises, et à six le nombre d’heures de vol par jour, sont également jugées sévèrement par la Coalition contre le bruit. Dans le premier cas, le regroupement rappelle que ce nombre ne tient pas compte du bruit provenant des autres aéronefs, notamment ceux utilisés par l’École de formation des pilotes d’Aviation Mauricie.
«La recommandation des six heures de vols quotidiens soulève quant à elle l’interrogation suivante : est-il raisonnable de réclamer des citoyens qu’ils supportent la pollution sonore, et donc renoncent à un environnement sonore sain, six heures par jour? Poser la question, c’est y répondre.»
Enfin, la proposition d’autoriser sans restriction les vols touristes au cours des mois de mai, septembre et octobre – les plus payants pour les opérateurs commerciaux – est perçue, par la Coalition, «comme une démonstration additionnelle du préjugé favorable de Transports Canada envers ces entreprises, au détriment des citoyens et de l’intérêt public».
Rappelons que les recommandations du CBÉA ont été formulées à l’intention du Comité de réglementation de l’aviation civile. Ce dernier donnera par la suite un avis au ministre des Transports, de l’Infrastructure et des Collectivités, Lawrence Cannon, qui enclenchera, s’il y a lieu, un long processus législatif. Mais les membres de la Coalition l’ont déjà bien démontré : le temps ne viendra pas à bout de leur détermination…