Feu Médéric Perreault, mon oncle, grand pédagogue et motivologue sans diplôme dont sa sagesse fut toujours basée sur le gros bon sens et l’humanisme. «Si ça ne fait pas un cheval, ça fera un chevalet, nous trouverons bien la façon de s’en servir», se plaisait-il à dire avec un franc sourire.
Quand le cœur est en berne
Un grand théologien certes un brin épicurien devait enseigner un jour à ses disciples ce concept qui peut sembler a priori paradoxal: «Si vous désirez méditer sur la grandeur et la splendeur de la vie, commencez par la mort.»
C’est en appliquant cette pensée suite au décès d’un oncle qui m’a toujours inspiré que j’ai découvert la grandeur et la splendeur de cet être calme, doux, discret, aimant, serviable, jovial, plein de tendresse dans son accueil. En circulant par affaire sur la 45e Rue à Shawinigan, un drapeau fleurdelisé à mi-drisse du patio de la résidence de Médéric Perreault m’a fait craindre le pire.
Revenu à la maison à Pointe à Comeau, l’oncle-curé Paul-Émile Perreault, par un appel téléphonique, d’une voix émue et tremblante me confirma le décès de son frère Médéric survenu dans son sommeil la nuit du 15 septembre 2008. Il n’avait plus la force de vivre, il ne lui restait plus que le courage de souffrir en silence. Feu Médéric était devenu nonagénaire depuis le 6 août dernier en célébrant cet anniversaire avec les siens. Cet homme n’a vraiment vécu que pour trouver ses richesses hors de lui-même. Ce travailleur infatigable savait aussi s’amuser, jouer du violon et se montrer un joueur de cartes redoutable.
Complicité oncle et neveu
Tous mes oncles et tantes, vivants comme trépassés, je les ai toujours aimés mais à rebours du temps, je découvre cette particulière complicité avec cet oncle qui m’a tant inspiré à mon insu. Au primaire, à l’École St-Sacrement de la paroisse du Christ-Roi, j’étais gamin assis en bordure de la fenêtre de ma classe quand régulièrement je voyais avec fierté mon oncle Médéric monter au faîte des poteaux électriques pour y changer par des froideurs sibériennes les ampoules brûlées afin que les jeunes puissent s’amuser sur la patinoire le soir venu. Quinze ans plus tard, je plongeais d’une tour de 65 pieds, j’étais devenu membre du Club Optimiste de Shawinigan. Oncle Médéric avait semé en moi la passion des hauteurs et du risque calculé mais surtout il avait déposé dans mon cœur la semence de l’aide à la jeunesse et à la communauté qui orientera ma vie durant. Encore aujourd’hui, cette semence fait mon bonheur de vivre.
À l’époque de mes vingt ans, nous n’avions pas encore atteint la majorité. Oncle Médéric conduisait le véhicule de mon père pour participer aux marathons de nage de longue distance à Chicoutimi, au Saguenay, à St-Ours-Sorel. Oncle Edgar m’accompagnait comme co-pagayeur dans le canot pendant que mon frère Marcel à la nage livrait bataille pour demeurer champion provincial amateur (Apnald). Les longues séances d’entraînement du samedi soir pour se débarrasser de l’appréhension des distances se faisaient encore avec mes oncles Médéric et Edgar pendant que Marcel nageait de Pointe à la Mine jusqu’au village de Grandes-Piles à travers les pitounes avec comme seul éclairage une minuscule lampe de poche avec ou sans clair de lune. Médéric m’a permis de peaufiner mon mode d’entraide à la jeunesse en m’autorisant avec toute sa confiance à mettre de l’avant d’incalculables projets aquatiques avec ses fils Richard, le négociateur pacifique et le diminutif Gilles devenu le Hugo Girard de la paroisse Assomption.
Célébration funèbre
À l’arrière de la nef de l’église Assomption, le curé de la famille Paul-Émile Perreault, les bras grands ouverts introduisit la cérémonie en disant haut et fort: «Mon frère Médéric, les portes du Ciel s’ouvrent pour toi pour une éternité bienheureuse.» Ce fut au tour de la violoniste de carrière, musicienne d’exception, la nièce du défunt, Renée-Claude Perreault d’appuyer en musique les propos du curé par deux splendides œuvres musicales dont l’interprétation lui valut les applaudissements des fidèles en recueillement
Tout bas, dans mon cœur, j’aurais eu envie de proclamer solennellement à l’assemblée : «J’ai le cœur en berne, j’ai perdu un oncle, soldat de la paix, militant de la tendresse et de l’amour universel pour qui l’égalité de ses frères et sœurs fut un minimum; la générosité, la norme. Je rends hommage à ton fils Richard qui a agi auprès de toi avec une disponibilité sans réserve à titre d’infirmier ND-NR, i.e. non diplômé, non rémunéré. Il a même quitté son travail pour que tu puisses vivre paisiblement tes derniers jours à la maison. Médéric, homme bien aimable et bien aimé….R.I.P.»
gilles doucet
Commentaire mis en ligne le 17 février 2009Heureux de savoir que tu es toujours aussi implique et que tu sembles garder la forme Amitie Gilles Doucet