- COMMENTAIRE –Ronnie Gump
Mais quel personnage ce Ronnie!
Quand je songe à Ronald St-Onge Lynch, c'est le film Forrest Gump qui me vient en tête.
Ce long métrage, gagnant de 6 Oscars en 1994, met en vedette Forrest Gump (Tom Hanks), un simple d'esprit, assis sur un banc en attendant le bus. Il va raconter la fabuleuse histoire de sa vie aux passants qui viendront s'assoir à ses côtés. Forrest Gump sera champion de football, soldat au Vietnam, champion de ping-pong, marathonien exceptionnel, capitaine de crevettier, et même milliardaire. Par de savants trucages, on le voit sur l'écran rencontrer Richard Nixon, Lyndon Johnson, Elvis Presley, John F. Kennedy, John Lennon et George Bush.
Bon, je vous vois me torpiller parce que je compare l'ancien candidat libéral dans Saint-Maurice/Champlain à un simple d'esprit. La relation n'est pas tant celle-ci que celle-là.
Depuis qu'il s'est lancé en politique en août dernier, ce jeune adepte du taekwondo frappe aux portes des «grands»… et elles s'ouvrent.
Il y a un peu de Justiciers Masqués en lui, mais le joueur de tour en moins. Pendant qu'eux déjouent Sarah Palin, candidate malheureuse à la vice-présidence aux Etats-Unis, Ronnie fréquente d'autres personnalités.
Lorsque Aline Chrétien est opérée cet automne pour régler des problèmes cardiaques à l'Institut de cardiologie de Montréal, c'est un Ronald St-Onge Lynch préoccupé qui prend le combiné de téléphone et appelle à la réception de l'hôpital en demandant la chambre de Mme Chrétien.
Quoi de plus normal pour un électeur du comté de Saint-Maurice que de souhaiter un prompt rétablissement à l'ex-première dame du pays. Il se bute à un répondeur mais laisse un message. On est bien élevé ou on ne l'est pas, n'est-ce pas? Quelques heures plus tard, la sonnerie retentie dans la maison de Ronnie à Sainte-Flore. C'est Jean Chrétien lui-même qui retourne l'appel et remercie le candidat libéral pour sa sollicitude tout en lui souhaitant bonne chance pour le 14 octobre.
On s'entend que même si la majorité de la population souhaitait son plus grand bien, 99% des gens n'auraient pas appelé Mme Chrétien à l'hôpital, à moins de figurer parmi ses proches. «Elle a sûrement autre chose à faire que de parler à un inconnu!», se serait-on défendu.
Le 14 octobre, on croyait bien qu'on en avait terminé avec M. St-Onge Lynch. Mais non. Voilà qu'il y a dix jours, il appelle Bob Rae, candidat à la chefferie du Parti libéral du Canada qui était venu l'épauler en août dernier dans sa campagne. Comme ça, tout bonnement, il l'invite à participer à l'hommage à Jean Chrétien que prépare la Chambre de commerce et d'industrie de Shawinigan le 22 novembre. Invitation aussi tôt acceptée de la part de l'ex-premier ministre de l'Ontario.
Non mais avouons-le, là encore, 99% des gens n'auraient pas osé. «Il ne se souviendra pas de moi!», se serait-on défendu.
Ces faits d'armes s'ajoutent à sa campagne, l'une des mieux réussies sur le plan médiatique au Québec. Avec un peu plus de 1000$ en poche et sans affiches, il est apparu dans tous les médias nationaux, du Globe & Mail à CBC en passant par une entrevue avec Denis Lévesque sur LCN.
En fait, c'est n'est pas tellement son audace qui étonne chez cette personne mais la touche de naïveté qui teinte sa témérité. Une combinaison qui désarme dans un univers politique où, comme aux échecs, on essaie de prévoir quatre coups à l'avance la réaction de son adversaire.
Comme Forrest Gump le racontait à ceux qui l'écoutaient sur le banc: «La vie, c'est comme une boîte de chocolats, on ne sait jamais sur quoi on va tomber.»