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Crise à l'hôtel de ville: Des virages mal négociés

Hugo Lemay par Hugo Lemay
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Article mis en ligne le 11 novembre 2006 à 12:04
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Crise à l'hôtel de ville: Des virages mal négociés
OPINION-La crise politique qui secoue l’hôtel de ville actuellement était prévisible depuis la derrière campagne électorale. D’un côté des conseillers qui réclament et l’action et de l’autre, une mairesse prudente et pragmatique. Contrairement à la lutte Grand-Prix, il n’y a pas de bons ni de méchants.
Deux philosophies de gestion s’opposent actuellement à l’hôtel de ville. Et l’écart se creuse sur le front développement économique. Et disons-le tout cru, c’est d’un rafiot en perdition dont il est ici question.

On aurait eu tort de croire que le groupe des Six allait entrer au parlement municipal, le couteau entre les dents, pour faire la révolution économique tant attendue.

Au fil des ans, le rôle des municipalités a beaucoup changé. Surtout depuis que Québec leur a confié la responsabilité des centres locaux de développement avec à la clé la mise sur pieds des conférences régionales des élus. Cette dernière structure venait remplacer le Conseil régional de développement, créature d’une lourdeur administrative inouïe.

Les villes ne sont plus de simples pourvoyeurs de services qui organisent les loisirs, ramassent les ordures et réparent des bouts de trottoirs. C’est maintenant à elles qu’incombe la responsabilité d’attirer et de conserver les activités d’affaires.

Manifestement, c’est un virage que Shawinigan n’a pas négocié. Le CLD vivote depuis trois ans. Pis, diront certains, son personnel s’est syndiqué. Mais ça n’explique pas tout.

Nombreux sont les investisseurs qui se plaignent des délais qui traînent en longueur pour obtenir un changement de zonage afin de construire un nouvel édifice. Ou des complications étonnantes pour obtenir un simple permis. Cette problématique n’est pas nouvelle. L’excuse de la récente fusion, qui date tout de même de cinq ans, ne tient plus la route.

On n’en finit plus de redéfinir la formule du «guichet unique» pour lancer les projets d’affaires sur la voie rapide.

Comment se fait-il qu’Alimentation Marcotte, une entreprise bien de chez nous, ait plié bagage vers Trois-Rivières? Que faut-il faire pour attirer de nouveaux investissements? Ériger un pont d’or?

Si les villes ouvrent maintenant le tiroir-caisse pour attirer les nouveaux investissements, Shawinigan n’aura d’autre choix que de suivre la parade et de hurler avec les loups. À ce chapitre, la mairesse Lise Landry se fait prudente en parlant de la «capacité de payer des citoyens».

Il y a ici une question d’orientation davantage que de capacité de payer. Et l’élaboration du prochain budget, de 60 millions$, se transformera assurément en champ de bataille.

En théorie, la création récente de quatre corporations autonomes — tourisme, économie sociale, commerce et industrie — chargées de déterminer les orientations du CLD constitue un pas dans la bonne direction. Reste à savoir maintenant de quels pouvoirs réels et de quels budgets elles disposeront.

On ne pourra pas indéfiniment réorganiser le développement économique. Jadis, il y avait l’obstacle des querelles de clocher. Voilà 25 ans, les villes aujourd’hui fusionnées n’avaient jamais pu s’entendre sur un partage fiscal. Il aurait permis de prolonger le boulevard Biermans jusqu’à la rivière pour bâtir un pont vers le secteur de la Poudrière pour y installer une nouvelle usine Alcan. On connaît la suite, c’est le Saguenay, davantage solidaire, qui a ramassé le pactole.

Voilà une quinzaine d’années, on enterrait la Corporation de développement industriel (CODICEM) et l’Association touristique (ATOURCEM) pour créer la Corporation de développement économique (CDE) du Centre-de-la-Mauricie. Refusant d’y adhérer, Grand-Mère avait lancé sa Société de développement économique (SODEGM).

La question des clochers ne tient plus, elle non plus.

Le conseiller Alain Beauparlant a bien raison quand il affirme que Shawinigan joue dans les ligues majeures et qu’elle a en main tous les atouts. La mairesse Lise Landry et le député Claude Pinard ont investi beaucoup d’énergie pour en assainir l’environnement.

Quand les deux ont été élus, en 1994, Shawinigan avait encore les allures d’une ville industrielle polluée avec son lot de terrains contaminés. Les changements sont spectaculaires et pourtant, la population ne cesse de décroître.

En plus d’un bon plan de développement, il manque à Shawinigan un bon plan de communication stratégique — on parle tout de même de la 15e ville en importance au Québec — pour la positionner. Et pour la vendre aussi à ses citoyens. Le projet d’un nouvel amphithéâtre, qui avait toutes les raisons d’être rassembleur, a pourtant été reçu avec un accueil mitigé de la population. La ville a dû se défendre tant sur sa localisation que pour le choix d’une surface olympique.

On pourra reprocher bien des choses à Lise Landry. Elle possède du tact, de la diplomatie, mesure ses paroles et n’a jamais déclenché de controverse. D’une prudence de Sioux, elle n’engagera jamais sa ville sur un sentier glissant.

Elle n’a toutefois pas ce côté entrepreneur qui faisait la force de feu Jacques Marchand à Grand-Mère. Il faut bien le reconnaître, cela constitue un problème auquel il faudra remédier.

L’attaque frontale des conseillers municipaux cette semaine crève un abcès. Toutefois, cette sortie inutilement musclée ternit l’image de la ville en plus de peinturer chacun des acteurs dans son coin, ce dont personne n’avait besoin à ce stade-ci.

Dans ce contexte, il ne sera pas facile de reconstruire les ponts. Mais il le faudra bien car trois ans nous séparent de la prochaine élection.

La politique étant l’art du possible, il faudra bien se rendre à la voie du compromis. Car il y a après tout beaucoup de talent et de capacités de part et d’autre de la clôture.

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