Lettre aux partis politiques
L’Union des consommateurs profite de la campagne électorale pour réclamer un nouveau gel des tarifs d’électricité et son maintien jusqu’à ce que des efforts significatifs pour améliorer l’efficacité énergétique des habitations n’auront pas porté fruit.
Des milliers de personnes mal logées sont laissées pour compte par les élus alors que les problèmes sérieux auxquels elles font face sont connus depuis longtemps: des loyers trop élevés par rapport au revenu, des logements vétustes qui coûtent une fortune à chauffer.
L’Union des consommateurs propose une grande «corvée rénovation» financée à même le bénéfice d’Hydro-Québec. Cette corvée devrait permettre d’améliorer la qualité et la performance énergétique des immeubles résidentiels au Québec. Elle génèrerait des retombées bénéfiques pour l’ensemble de la collectivité québécoise en réduisant l’énergie consommée, reportant ainsi à plus tard le besoin pour de nouveaux barrages. Elle créerait finalement de l’emploi partout au Québec.
L’Union des consommateurs souligne que les ménages dont les revenus se situent en deça de 14 400$ consacrent près de 8% de leur budget à l’électricité, alors que pour les ménages dont les revenus atteignent 80 000$, la facture d’électricité ne représente que 2% du budget. Rappelons que le quart des ménages du Québec gagnent moins de 20 000$ par année.
Alors que certains argumenteront que la nouvelle hausse des tarifs d’électricité de 2% qui entrera en vigueur le 1er avril prochain paraît raisonnable, l’Union des consommateurs souligne que toute hausse frappe plus durement les ménages à faible revenu et que la dernière s’ajoute à une série d’autres, qui totalisent 13,5% en trois ans. Pour les ménages les moins nantis, chaque dollar supplémentaire payé pour l’électricité entraîne une coupe équivalente dans d’autres besoins essentiels, comme la nourriture.
Certains prêchent qu’un «rattrapage» est essentiel, puisque le gel des tarifs aurait été dommageable pour Hydro-Québec et la collectivité québécoise. Le gel tarifaire n’a pourtant pas empêché l’augmentation impressionnante du dividende versé par Hydro au gouvernement. En effet, la société d’État a ajouté, pendant le gel, plus d’un milliard de dollars à son dividende annuel qui est passé de 280 M$ en 1998 à 1,35 G$ en 2004 !
Nous apprenions récemment que la société d'État versera 2,3 G$ au gouvernement en 2007. Le plan stratégique d’Hydro-Québec prévoit le versement au gouvernement de plus de 7 G$ entre 2007 et 2010. Ainsi, loin de profiter, comme certains le prétendent, de tarifs «subventionnés», les Québécois, par le biais de leur facture d’électricité, participent à la rentabilité d’Hydro-Québec et au financement du gouvernement. Sachant que ces hausses frappent plus durement les plus démunis, comment justifier des hausses tarifaires alors que les dividendes croissent à un tel rythme?
Comme pour rajouter l’insulte à l’injure, plusieurs politiciens font miroiter aux électeurs des promesses de baisses d’impôt, tout en restant muets sur les hausses de tarifs de toutes sortes qui frappent le contribuable: électricité, transport en commun, garderie, assurance médicament, frais de scolarité, permis de conduire, immatriculation. Les électeurs doivent être conscients qu’en préconisant ainsi le principe de l’utilisateur-payeur pour financer l’État au lieu de l’impôt sur le revenu, certains politiciens nous demandent de renoncer aux principes de justice sociale et d’équité. L’Union des consommateurs joint sa voix aux nombreux groupes et citoyens qui s’opposent à cette vision.
Charles Tanguay - responsable des communications