MONTREAL - La tendance à punir plus sévèrement les jeunes contrevenants ne réduit aucunement la criminalité chez les jeunes; au contraire, elle augmente le risque de crimes violents à l'âge adulte.
Telle est la conclusion d'une étude présentée mercredi par le professeur Richard Tremblay, de l'Université de Montréal, dans le cadre d'un colloque sur la violence et l'apprentissage qui se tenait à l'hôpital Sainte-Justine.
Selon le chercheur, personne n'a encore trouvé de système de justice juvénile qui peut, à la fois, protéger la société et protéger les droits de l'adolescent et aider ce dernier. De plus, il ajoute qu'il est peu probable que la solution vienne des politiciens.
En fait, il reprend à son compte un constat du docteur Wolfred Nelson, Inspecteur des prisons au Québec qui, après huit ans d'étude, concluait en 1852 que les maisons d'incarcération des jeunes non seulement ne les aidaient pas mais les transformaient en criminels endurcis.
Le professeur Tremblay déplore que, 150 ans plus tard, les politiciens n'aient pas encore compris la leçon.
"Les gens continuent à croire que punir c'est la solution, mettre à l'écart c'est la solution. Il y a un aveuglement", dit-il.
Le chercheur note que toutes les études démontrent qu'il faut privilégier la prévention en intervenant auprès des familles à risque, principalement les plus démunies, de la grossesse à l'entrée à l'école. Après ce moment, selon lui, il est déjà extrêmement difficile de modifier de façon significative les comportements déviants.
Bien que la grossesse puisse sembler un moment précoce, les recherches démontrent qu'une mauvaise alimentation, le tabagisme ou la consommation d'alcool ont un impact négatif sur le développement du cerveau. Or, un enfant qui naît avec un cerveau en santé apprendra plus facilement à se contrôler.
Ensuite, durant la petite enfance, le professeur Tremblay estime que les enfants de familles défavorisées devraient être confiés à des services de garde où ils apprendront comment se comporter avec d'autres enfants. Or, ces enfants vont beaucoup moins souvent en service de garde parce que les parents ne travaillent pas.
"Si on fait le travail entre la conception de l'enfant jusqu'à son entrée dans le système scolaire, on va avoir réduit de façon substantielle les problèmes par la suite, dit-il. Si l'enfant n'a pas les bases quand il entre à l'école, c'est extrêmement difficile à changer. (...) Si on n'apprend pas à se contrôler avant d'entrer à l'école, on ne se contrôlera jamais assez bien pour pouvoir bien survivre dans nos sociétés."
Le professeur Tremblay précise que toutes les recherches sur ce sujet démontrent qu'un enfant ayant acquis les bonnes bases dès le départ ne court pratiquement aucun risque de devenir délinquant à long terme.
Il ajoute que les études menées au Canada, aux Etats-Unis, en Europe et en Australie démontrent unanimement que chaque dollar investi en petite enfance fait épargner en moyenne 7 $ à la société lorsque le jeune est adolescent et 13 $ lorsqu'il arrive à l'âge adulte, principalement en services juridiques et correctionnels.
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