Le président du syndicat des travailleurs de l'aluminium de l'usine Alcan, Louis-Gérard Dallaire. Photo L'Hebdo/Hugo Lemay
L'arrivée de Rio Tinto, une bonne nouvelle?
La bataille pour la production de l'aluminium se poursuit
Ils semblent bien loin les débuts de la campagne «Alcan en Mauricie, mettons-y de l'énergie» de ce printemps. C'était avant l'offre d'achat hostile d'Alcoa et l'entrée en scène de la multinationale australienne Rio Tinto. Devant ces tractations se chiffrant en milliards de dollars, l'avenir de la vieille usine de Shawinigan apparaissait bien dérisoire.
Contre vents et marées, les syndicats de la CSN et les milieux municipaux ont mené tambour battant une opération séduction au cours de l'été, s'affairant à recueillir le plus grand nombre d'appuis populaires et institutionnels pour inciter Alcan à réinvestir à Shawinigan.
On sait que l'aluminerie doit fermer l'usine qui utilise le polluant procédé de fabrication Soderberg d'ici 2015. Et ses engagements actuels ne dépassent pas 2013 pour l'usine de l'avenue Saint-Sacrement.
Au début du mois d'août, le gouvernement du Québec a donné son aval à l'achat d'Alcan par Rio Tinto. Cette dernière a confirmé son intention de maintenir les investissements prévenus au Saguenay-Lac Saint-Jean. Elle prévoit aussi implanter son siège social principal à Montréal, d'où seront dirigées l'ensemble des opérations stratégiques, financières, juridiques, de marketing et de recherche et développement. Le siège social de Londres maintiendra uniquement les opérations de relations avec les actionnaires et investisseurs.
«Nous sommes plus à l'aise avec Rio Tinto que nous l'aurions été avec Alcoa», indique le président du syndicat des travailleurs de l'aluminerie d'Alcan à Shawinigan, M. Louis-Gérard Dallaire. «Alcoa a déjà plusieurs usines dans la région comme Lauralco et ABI, plus modernes que la nôtre, avec lesquelles nous aurions été en compétition directe.»
Dans le cas de Rio Tinto, aujourd'hui premier producteur mondial d'aluminium, les usines sont principalement situées en Australie et en Nouvelle-Zélande.
Avant de se réjouir trop vite, les travailleurs vont attendre de voir la tangente que prendront les nouveaux membres du conseil d'administration délégués par la multinationale. «Pour le moment, nous travaillons encore avec les mêmes interlocuteurs au Québec. À première vue, ça semble une bonne chose que le siège social soit établi à Montréal… à condition que les décisions ne soient pas prises ailleurs dans le monde!»
Rio Tinto est principalement active dans le secteur minier. Elle possède des gisements de bauxite, qui contient dans des proportions variables des hydrates d'alumine, la matière première. Son achat d'alumineries en fera une entreprise parfaitement intégrée, de la matière première au produit fini.
Si elle ne construit pas une usine de remplacement à Shawinigan, le portrait se complique pour les activités de deuxième et de troisième transformation. Rio Tinto liquidera les produits d'emballage d'Alcan une fois la transaction complétée et la division des produits usinés (incluant la câblerie de Shawinigan) pourrait connaître le même sort. Le groupe aura besoin de liquidités pour financer le rachat d'Alcan, à près de 40 milliards$.
«Il faut distinguer deux choses: le programme de diversification industrielle régional, qui touche surtout la PME et la deuxième et troisième transformation dont le leadership est assuré par l'entreprise», précise M. Dallaire.
«Avec la DIR, il y a une usine de pare-chocs au Sagueney et les opérations ne vont pas très bien. Les salaires sont de 12 à 15$ l'heure, sans avantages sociaux, ce qui n'a rien à voir avec ce qu'un employé touche dans la grande entreprise.»
Il donne en exemple la Câblerie en deuxième et troisième où «les salaires ne sont pas loin des nôtres» et qui est une créature propre de l'Alcan.
L'avenir de la transformation chez Rio Tinto dépendra surtout du rendement offert aux actionnaires.
Les représentants des employés et le milieu politique espéraient une rencontre avec la direction de Alcan d'ici la fin du mois. Au moment de mettre sous presse, la date n'était pas encore connue.