Yves Duhaime et Jean Chrétien, à l'automne 2003, quelques semaines avant le retrait de la vie politique du p'tit gars de Shawinigan. (Photo Archives L'Hebdo)
OPINION-Un film déjà vu
Elle ne peut s'en permettre beaucoup mais la Ville de Shawinigan a commis un faux pas en tentant de réunir autour de la même table les trois députés de la région pour faire le point sur l'avenir des usines Belgo et Laurentide.
Une erreur stratégique qu'elle a camouflée en annulant 48 heures plus tard la rencontre, invoquant des raisons hors de son contrôle. Des problèmes d'agenda (Boulet et Laforest) et un vilain virus (Deschamps) raconte-t-on. Tu m'en diras tant!
On veut bien y croire mais disons que cet acte d'humilité manqué de la part de la Ville - un jupon qui dépasse comme on dit - est un bien moindre mal étant donné que cette rencontre était condamnée à l'avance à l'échec.
On ne peut douter du désir de Jean-Yves Laforest, Robert Deschamps et Julie Boulet de vouloir le bien être de Shawinigan mais la réalité étant ce qu'elle est, chacun aurait amené avec lui son propre agenda politique.
Et c'est bien le piège qu'il faut éviter ici.
En tant que seul membre du trio à faire partie d'un gouvernement, la ministre Julie Boulet n'a rien à gagner à participer à ce type de discussion où elle aurait inévitablement eu le mauvais rôle.
Pour un, le député de Saint-Maurice s'apprêtait à grimper deux par deux les escaliers de l'Hôtel de ville, fort de ses interventions médiatiques et publicitaires des derniers jours dans lesquelles il réclame des redevances régionales sur l'utilisation de nos ressources naturelles. Et comment le blâmer puisque la mairesse lui a publiquement confié le mandat de faire bouger le gouvernement sur cette question.
Et Jean-Yves Laforest? Là aussi, Lise Landry est allée un peu vite en affaire en début d'année en soutenant qu'elle était convaincue que le député de Saint-Maurice/Champlain appuiera le plan du gouvernement Harper pour venir en aide aux collectivités comme Shawinigan aux prises avec des difficultés économiques. Rien n'est moins certains compte tenu que les problèmes locaux de Shawinigan pèsent bien peu dans la stratégie que Gilles Duceppe imposera à ses troupes lors du prochain budget fédéral.
Tout ça ressemble à un film déjà vu.
Les plus vieux s'en rappellent, les principaux intéressés préféreront l'oublier. Au début des années 1980, alors que les géants industriels ferment leur porte l'un après l'autre, Shawinigan croit avoir une bouée de sauvetage unique pour éviter le désastre économique qui le guette.
Ses deux députés, Yves Duhaime et Jean Chrétien, ministre de l'Énergie dans leur gouvernement respectif, ont tous les deux l'oreille de leur chef. L'affaire était presque entendue d'avance croyait-on.
C'était oublier les jeux politiques: un gouvernement souverainiste à Québec et un fédéraliste à Ottawa; deux personnalités fortes qui ne se sont jamais fait de cadeaux. Les carottes étaient cuites le temps de le dire pour Shawinigan.
Fasse que le repas ne brûle une seconde fois 25 ans plus tard…