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Ces femmes qui travaillent au péril de leur vie

Article mis en ligne le 3 mars 2008 à 17:06
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Ces femmes qui travaillent au péril de leur vie
Souvent, lorsque nous pensons au travail dangereux, ce sont les emplois traditionnellement perçus comme des « emplois masculins », dans les secteurs minier, de l’exploitation forestière ou de la construction, par exemple, qui nous viennent à l’esprit. Or, nous avons tendance à ignorer les risques professionnels importants auxquels font face de nombreuses femmes.
Le 8 mars, à l’occasion de la Journée internationale de la femme (JIF), des gens partout dans le monde réfléchiront aux obstacles auxquels les femmes se heurtent et à la contribution de celles-ci à la société. Très peu de gens savent que la JIF tire son origine d’un mouvement visant à améliorer les conditions de travail des femmes.

En 1911, 148 immigrantes ont été tuées dans un terrible incendie dans le quartier des fabricants de vêtements de la ville de New York. Si le bilan a été aussi lourd, c’est en raison des conditions dangereuses régnant dans l’usine où les femmes travaillaient. Cette tragédie a déclenché quelques-uns des premiers événements de la JIF, dont des marches pour la syndicalisation et un salaire équitable et des protestations contre les lieux de travail dangereux et exploiteurs.

L’esprit de la JIF ainsi que les mouvements subséquents pour les droits des femmes ont permis d’accomplir de grands exploits. De nombreuses barrières qui semblaient insurmontables pour les femmes il y a 100 ans ont été franchies, et le monde en est ainsi devenu meilleur. Par contre, certains obstacles demeurent.

L’année dernière, un jour seulement avant la JIF, un camion qui conduisait 17 immigrantes à leur travail dans une serre de Chilliwack, en Colombie-Britannique, a été impliqué dans un accident qui a causé la mort de 3 femmes et des blessures aux 14 autres. Un récent rapport de WorkSafe BC a révélé que le camion était surchargé et en mauvais état, qu’il n’était pourvu d’aucune ceinture de sécurité pour les passagers et que son chauffeur n’avait pas la formation adéquate. Les parallèles entre cette tragédie et celle qui a eu lieu à New York il y a environ 100 ans sont frappants et nous rappellent cruellement que nous n’avons toujours pas atteint les objectifs établis par les femmes qui se sont rassemblées lors des premières marches de la JIF.

Même si les femmes ont fait d’importantes conquêtes dans bon nombre d’emplois qui étaient autrefois considérés comme le domaine exclusif des hommes, nous voyons toujours qu’il existe une division sexuelle dans les rôles au travail. Comme notre perception du travail et des risques demeure inchangée, les lieux de travail ne sont pas encore sûrs pour les femmes. Les métiers pour lesquels la majorité de la main-d’œuvre est féminine sont habituellement considérés comme des métiers à faible risque, mais cette supposition est fausse. Les femmes font face à de multiples dangers dans ces lieux de travail.

Par exemple, les femmes offrant des soins aux malades et du soutien à domicile risquent de contracter des maladies infectieuses et peuvent se blesser au dos en soulevant les patients. De plus, ces femmes affirment qu’elles subissent un niveau élevé de violence physique et psychologique. Les préposées au nettoyage et les travailleuses d’usine sont souvent exposées à des produits chimiques toxiques qui ont des conséquences à long terme sur la santé. Même les emplois qui semblent à faible risque peuvent présenter des dangers physiques moins évidents qui s’accumulent au fil du temps. Par exemple, les blessures dues aux mouvements répétitifs, comme le syndrome du canal carpien et les lombalgies, sont fréquentes chez les caissières de banque et les coiffeuses-stylistes. Comme ces problèmes de santé liés au travail se développent lentement, ils sont plus difficiles à prévenir et moins bien diagnostiqués que les maladies professionnelles plus évidentes.

Il existe des mesures que nous pouvons prendre afin d’alléger ces risques pour la santé, en commençant par la manière dont nous étudions la santé au travail. Les chercheurs ne font que commencer à établir des liens entre le travail des femmes et leur santé. Jusqu’à tout récemment, les chercheurs dans le domaine du travail ont fréquemment négligé de prendre en considération le sexe des travailleurs qu’ils étudiaient. La recherche est nécessaire afin d’élaborer des stratégies judicieuses visant à réduire les risques pour la santé que subit la main-d’œuvre féminine. Qui plus est, nous devons travailler plus fort afin d’abandonner la supposition selon laquelle le « travail des femmes » est plus sûr que le « travail des hommes ».

À l’approche de la JIF de cette année, gardez à l’esprit que les femmes représentent la moitié de la population planétaire. Si nous ne portons pas attention à leur bien-être au travail, c’est la société tout entière qui en souffrira.

Dre Joy Johnson

Directrice scientifique, Instituts de recherche en santé du Canada

Institut de la santé des femmes et des hommes

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