COMMENTAIRE - L'autre discours
À titre d'ambassadeur de la candidature des Cataractes, Jean Chrétien a failli à une tâche.
En politicien d'expérience qui a affronté l'électorat à plus de dix reprises au cours de sa carrière, il aurait dû rappeler à l'organisation qu'avant d'entrer dans une bataille, il faut toujours préparer deux discours: celui de la victoire et l'autre…
Tout comme en novembre dernier alors que Gatineau a obtenu les Jeux du Québec de 2012, Shawinigan n'était pas prête à entendre un verdict négatif. C'est ce qui explique la colère exprimée dans les commentaires des membres du comité. Même sentiment de frustration à l'Hôtel de ville. Même la mairesse est sortie momentanément de son habituelle réserve. C'est tout dire.
Plutôt que de regarder dans sa propre cour ce qui a cloché: l'amphithéâtre en construction a-t-il vraiment constitué un handicap?; le club de hockey sera-t-il aussi puissant qu'on le laisse entendre?, l'entourage des Cataractes a plutôt préféré employer le discours des lignes ouvertes: la famille Tanguay – présente à Québec et Rimouski – en mène large au sein du circuit Courteau.
Et si Chicoutimi l'avait emportée: les réponses étaient également toutes prêtes à Shawinigan. Les membres les plus influents de la presse sportive montréalaise sont originaires du Saguenay/Lac St-Jean et ils ne sont pas fait prier au cours des dernières semaines pour mousser la candidature des Saguenéens dans leurs colonnes et ainsi, fait pencher l'opinion publique.
Nul doute que le dossier des Cataractes était étoffé et ne présentait en apparence aucune faille. Là où l'organisation shawiniganaise s'est peut être leurrée, c'est en jouant sur l'aspect émotif suscité par les 40 ans d'existence de la franchise.
De notre lorgnette, ce remarquable exploit qu'une communauté (partisans, bénévoles, gens d'affaires et ville) puisse supporter une équipe de hockey durant quatre décennies suffisait pour faire pencher la balance. C'était oublié que nulle part dans les critères établis par Bernard Lord et ses collègues, cet aspect historique pouvait valoir une valeur ajouté à la candidature de Shawinigan.
La déception du milieu, c'est beaucoup celle-là. C'est celle du bonhomme qui se dévoue durant des années sans compter pour une cause et qui, du jour au lendemain, se retrouve devant rien parce que les valeurs pour lesquelles il a combattu ne constituent plus la saveur du jour. L'amertume est compréhensible dans ces cas-là mais il serait malsain de s'y morfondre.
Au fait, peut être bien que Jean Chrétien avait partagé un peu de son vécu avec les gens de l'organisation mais que ceux-ci n'ont pas cru bon de retenir le conseil, tellement convaincu que la Coupe Memorial leur revenait de plein droit.
Shawinigan peut encore espérer recevoir des événements d'envergure. Il le faut même pour secouer cette guigne qui s'acharne sur nous. Mais il lui faudra se souvenir la prochaine fois que dans une bataille, il y a des gagnants et des perdants.
En attendant cette prochaine opportunité, Martin Mondou a eu les meilleurs mots: Shawinigan obtiendrait la meilleure revanche qui soit dans les circonstances en allant disputer le tournoi… à Rimouski en 2009.