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Mauriciens en exil

La Nouvelle-Calédonie attire plusieurs familles du coin

par Andrée-Anne Trudel
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Article mis en ligne le 9 mai 2008 à 18:30
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 Mauriciens en exil
De plus en plus de familles s’installent à Nouméa, attirées par le travail. Nous retrouvons sur la photo Alex Lefebvre, habitant la Nouvelle-Calédonie depuis janvier, Jean-Philippe Béliveau, en vacances chez ses parents, pointant Nouméa sur la carte de la Nouvelle-Calédonie. Derrière, Sonia Doucet, Line Vanasse, Line Béliveau et Manon Samson, toutes des Mauriciennes en Nouvelle-Calédonie pour un séjour de quelques années. Photo Mauricie Express
Mauriciens en exil
La Nouvelle-Calédonie attire plusieurs familles du coin
Il est 9h, heure de Nouméa, en Nouvelle-Calédonie. Je m’apprête à prendre le «petit déjeuner» face à l’océan Pacifique. Malgré un décalage horaire de 15 heures, les 28 degrés affichés au thermomètre et le bruit des vagues qui me berce, je ne me sens nullement dépaysée. La Nouvelle-Calédonie est le refuge de plusieurs familles québécoises, venues y habiter pour travailler.
Line Boisvert et Serge Lefebvre, de Grand-Mère, sont arrivés en octobre dernier. Leur fils Alex a suivi en janvier. Line Vanasse et Jean Béliveau de Trois-Rivières habitent Nouméa depuis 2005. Ils étaient, à leur arrivée, accompagnés de leurs trois enfants. Manon Samson et Jacques Boisvert de Shawinigan y résident depuis mai 2006. Sonia Doucet et Alain Dufresne, demeurant à Trois-Rivières, sont arrivés quant à eux il y a quelques mois, avec leurs deux enfants âgés de 10 et 14 ans.

La liste est longue, car le projet Goro Nickel, une entreprise d'extraction de minerai et de production de nickel et cobalt, attire plusieurs familles québécoises en sol calédonien. Les fermetures d’usines vécues par la Mauricie forcèrent en quelque sorte l’exil de plusieurs Mauriciens. À la recherche d’emplois et d’aventure, c’est sur cette île située au nord-est de la Nouvelle-Zélande qu’ils accostent.

«Quand l’usine Norsk Hydro a fermée, on commençait à regarder les possibilités d’emplois. Mon mari avait appliqué ici et avait finalement trouvé un autre emploi à Montréal. Finalement, on a décidé de venir ici. Il travaillait pour Norsk Hydro depuis le tout début, depuis 18 ou 19 ans», explique Line Boisvert.

«Jean Béliveau, mon mari, travaillait à Magnolia, une autre usine de la région mauricienne qui a fermé ses portes. Il avait été approché par Goro. On en a discuté avec les enfants et on a jugé que ce serait une belle expérience autant au niveau professionnel que personnel pour toute la famille. C’est un choix personnel, pour vivre l’expérience d’expatriés», ajoute Line Vanasse.

Certains d’entre eux ont signé des contrats spécifiques de quelques années, tandis que d’autres resteront tant et aussi longtemps que l’aventure les intéressera.

Même si ce sont les accents français qui retentissent la plupart du temps aux quatre coins de la capitale, des sons typiquement québécois se font régulièrement entendre. Au grand plaisir de ces femmes, qui restent en ville pendant que les hommes travaillent sur le chantier ou dans les bureaux de Goro Nickel. Le travail n’est pas évident. Les hommes sur le chantier y sont 6 jours sur 7. Ceux dans les bureaux cumulent une douzaine d’heures de dur labeur chaque jour.

Pour éviter l’ennui et le dépaysement, les femmes mauriciennes réunies autour du «petit déjeuner» racontent qu’elles se voient très régulièrement. Sonia Doucet était en contact avec Line Boisvert avant son arrivée ici. L’entraide et les rencontres typiquement québécoises, voire mauriciennes, aident à se rapprocher un peu de leur famille, même si elles sont situées à une trentaine d’heures d’avion. «C’est rassurant de voir qu’on n’est pas seule», renchérit Mme Doucet.
Les enfants dans tout ça?
Plusieurs couples décident d’embarquer dans l’aventure calédonienne avec leurs enfants. C’est le cas des familles rencontrées par le Mauricie Express.
Laisser des amis, l’école et tous ses repères n’est parfois pas évident, particulièrement à l’adolescence. Sonia Doucet réside actuellement à Nouméa avec ses deux enfants de 10 et 14 ans. Le système d’école français rassure les parents et ne débalance pas trop les enfants. La fille de Manon Samson est également venue séjourner en Nouvelle-Calédonie avant d’entreprendre des études universitaires au Québec. Même chose du côté de Line Vanasse. Ses trois enfants ont fait partie de l’aventure. Maintenant, ils reviennent chaque été, une fois la session scolaire terminée.

Alex Lefebvre, le fils de Line Boisvert et de Serge Lefebvre, est arrivé en janvier dernier pour une période de six mois. Pour lui, puisqu’il suit des cours à distance du Québec, la Nouvelle-Calédonie n’offre que très peu de désavantages. Kite surf si le vent est bon, sinon apnée, plage ou centre-ville remplissent son quotidien.

L’opportunité de côtoyer plusieurs cultures n’est pas non plus à négliger. Bien qu’il s’agisse d’un territoire français, la Nouvelle-Calédonie est peuplée en principale partie de Kanaks, un peuple autochtone. Plusieurs Asiatiques s’y trouvent également, tout comme des Français.
La vie Calédonienne
Les hommes passent le plus clair de leur temps au boulot. C’est la raison principale de leur venue ici. Les femmes s’occupent de la marmaille, du foyer, s’acclimatent et tentent d’avoir un quotidien des plus normaux.
«En résumé, il fait beau, il fait chaud, on n’a pas d’heure pour se lever!», lance à la blague Alex Lefebvre. Son ami Jean-Philippe Béliveau, venu voir ses parents pendant ses vacances, note cependant que le discours est différent lorsque les maris parlent.

«Ici, on est à Nouméa, mais le site de construction de Goro Nickel est à 1h30 en voiture de la ville. C’est une route qui n’est pas évidente, ce n’est pas comme nos routes du Québec, il y a beaucoup de courbes et de falaises. Ces gens-là travaillent six jours par semaine sur le chantier, et ceux qui sont en ville, travaillent des 12 ou 13 heures par jour. Eux ne sont pas ici pour la belle température. Les gars méritent leur paye parce qu’ils travaillent vraiment fort. De plus, ils ont eu quelques embûches, parce qu’il y a des manifestations. Les gens d’ici ont peur que le projet vienne détruire l’aspect environnemental et cela crée des frictions», ajoute sa mère, Line Vanasse.

Tous sont cependant unanimes. La Nouvelle-Calédonie, de par sa température, ses attraits, la langue couramment utilisée et la qualité de vie des familles des travailleurs restent une destination de choix pour les expatriés québécois. Au beau milieu de l’océan Pacifique, tous ces Mauriciens continuent de dire que l’expérience vaut vraiment la peine d’être vécue.

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