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Le complexe identitaire québécois: digne de la tragédie grecque

Article mis en ligne le 21 mai 2008 à 9:43
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Le complexe identitaire québécois: digne de la tragédie grecque
Lorsque je regarde mon peuple ces derniers temps, je l’avoue, je ne sais plus quoi penser. Sillonnant quotidiennement le Québec entre la Haute-Mauricie, Montréal et la ville de Québec, à la merci d’un système de sécurité routière extrémiste comme il n’en existe nulle part ailleurs dans le monde industrialisé, je vais me prendre aujourd’hui au jeu des constats, alors que sera déposé sous peu le rapport de la Commission Bouchard-Taylor.
Certains lecteurs s’en souviendront peut-être, j’avais réagi à l’époque dans ce dossier par une lettre d’opinion. Que ce soit à la ville ou en campagne: le Québec se cherche encore alors qu’un bilan sera formulé sous peu.

D’abord, je tiens à déplorer encore une fois le rôle des médias dans l’affaire. Le rapport de la Commission Bouchard-Taylor est important pour l’avenir du Québec. Il ne mérite pas d’être traité par le quatrième pouvoir avec négligence, et ce, avant même sa publication. N’y a t’il pas de cours de déontologie au sein des facultés de journalisme? Pas un seul media depuis le début de cette histoire n’a même pensé définir certaines notions au cœur du présent débat comme par exemple celle d’identité ou encore celle de minorité. Rien. Lettre morte. Donc, je réclame comme d’autres, de la part des médias, un peu plus d’enquête et de contenus. Vous disposez d’une tribune extraordinaire chers amis, au moins, méritez la. Je réagirai au rapport, mais lorsque je l’aurai lu et ce, même si j’y ai déposé un petit texte. La hâte n’est jamais bonne conseillère.

Voici un exemple dans un tout autre contexte que celui de la Commission Bouchard-Taylor mais qui parle tout autant de ce laxisme; de cette abnégation collective que nous lisons tous les jours dans nos quotidiens. On pouvait lire en page 18 du Nouvelliste du 20 mai dernier, en parlant du succès de Céline Dion à Paris: « ce n’est pas la chanteuse francophone qui a le mieux réussi aux États-Unis, mais plus exactement la seule chanteuse non-américaine à être devenue numéro un aux États-Unis (et donc dans le monde) ». Cette toute petite phrase écrite sans doute sans arrière-pensée par un journaliste de bonne foi est porteuse de ce qui m’attriste au plus haut point dans la saga des accommodements raisonnables et dans les tourmentes de la définition identitaire québécoise. Les Québécois, qu’on les nomme de souche, d’origine canadienne-française ou autrement, ne se connaissent pas. Apprenons à nommer les choses par leur nom.

Primo, le Québec est en Amérique et donc, tous les Québécois sont américains. Peut-être que lorsque nous nous serons réapproprié notre américanité, nous aurons enfin le courage de notre indépendance; le courage d’Être tout simplement ? Je l’avance puisque les patriotes que nous célébrions il y a quelques jours avaient trouvé échos dans le mouvement d’indépendance américain. Secundo, le Québec, malgré l’oppression sociale qu’il a historiquement subit, a toujours eu ses succès au sud de la frontière. Céline Dion n’est donc pas la première à avoir réussi aux États-Unis bien qu’elle soit, avouons le, unique en son genre.

Répétons le. Il n’y a pas de mal à revendiquer une identité collective. Nous n’avons pas à avoir honte d’exister. Les Québécois existent et s’ils ne le réalisent pas bientôt en prenant à bras le corps leur destiné et en se donnant un pays, ils disparaîtront peu à peu dans ce que René Lévesque craignait : une folklorisation; une créolisation, une louisianisation, une grande réserve perdues dans les froideurs de l’Amérique. Sommes-nous colonisés au point d’avoir cru le message fédéraliste pan-canadien qui nous a toujours nié le droit d’exister voire de se nommer ? La pluralité culturelle du Québec ne devrait en rien remettre en question notre volonté à tous, et je souligne, de nous donner un État complet et une présence réelle à l’international. Lier ces deux éléments est une erreur. Plusieurs de mes amis d’origine étrangère récente à Montréal partagent d’ailleurs cette perspective. Cela n’a rien à voir avec l’origine de nos migrations. Cessons de faire bifurquer notre avenir commun.

S’il existe une tribu du Québec et s’il faut absolument que notre identité soit ethnique, puisque c’est de ce genre d’identité dont cause malheureusement le multiculturalisme prôné par le Canada, je dirais que nous sommes québécois tout simplement. S’il faut compartimenter, compartimentons à souhait et soyons conséquents. Nous sommes les Québécois qui cherchent toujours leur Québec et célèbrent malgré tout le 24 juin. Est québécois celui qui, vivant au Québec, embrasse le rêve d’un État québécois autonome.

En terminant, je vais reprendre la phase du 18 mai dernier telle qu’elle aurait pu être écrite par un ou une Québécoises qui se serait assumée véritablement. Céline Dion est la chanteuse québécoise qui a le mieux réussi aux États-Unis au cours des 20 dernières années. C’est aussi la chanteuse issue de la francophonie internationale qui s’est le plus affichée à ce chapitre. C’est une des chanteuses nord-américaines numéro un du palmarès états-unien. Elle a donc un rayonnement exceptionnel dans le monde. » Évitons tout chauvinisme : les États-Unis ce n’est pas le monde.

Cessons de craindre les mots. Soyons fiers et donnons nous un pays.

Sacki Carignan Deschamps

Sociologue et enseignante au collégial

Secteur Grand-Mère

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