Les amateurs de curling de Shawinigan peuvent se réjouir : ils ont remporté le dernier bout du match face aux opposants du projet de curling municipal. Seulement 92 personnes se sont présentées à l’hôtel de ville de Shawinigan, le 31 janvier dernier, pour signer le registre contre l’adoption d’un règlement d’emprunt de 4,1M$.
Depuis l’incendie qui a détruit le Centre de curling de Grand-Mère en 2007, les amateurs de ce jeu rêvaient de nouvelles installations. Or, le manque de liquidité, principalement dû à une mauvaise couverture contre les sinistres, empêchait la reconstruction du club.
Fort de l’appui du CLD de Shawinigan et de la Commission scolaire de l’Énergie (CSE), où ils pouvaient compter sur la collaboration de personnes influentes et ayant des intérêts déclarés pour le curling, les administrateurs du Club de curling de Grand-Mère ont présenté à la population et aux élus de la Ville de Shawinigan le projet du Centre national d’entraînement (CNE). On connaît la suite : le CNE ne faisant pas l’unanimité auprès de la population et du conseil municipal, en particulier des conseillers Lucie Debons et Jacques Grenier, on décida de revoir et de réduire le projet.
Le désistement de la CSE semblait signer l’arrêt de mort du projet de curling. Or, vraisemblablement suite à de nombreux jeux de coulisse, le maire Michel Anger et ses conseillers ont annoncé que la Ville avancerait 1,55M$ afin que le Club de curling de Grand-Mère renaisse de ses cendres. Tout un revirement de situation qui n’allait en rien diminuer les suspicions de certains citoyens.
Aux dires du président du Club de curling de Grand-Mère, Jean-François Morand, « il y aura toujours un petit groupe de personnes qui vont s’opposer et qui feront mal au projet ». Selon lui, il n’y avait que deux ou trois personnes qui faisaient des commentaires négatifs. Cette remarque, tenue quelques jours avant la tenue du registre, était de toute évidence teintée de beaucoup d’acrimonie. Le maire Angers laissait, lui aussi, paraître une indéniable rancœur envers certaines personnes pour qui, selon lui, « ça ne fera jamais de toute façon ».
Existerait-il des citoyens de deuxième zone? Les contribuables qui s’inquiètent de la manière dont les fonds publics sont administrés et dépensés sont-ils des personnes ladres, dans tous les sens du terme, dont il ne faut pas fréquenter et, surtout, ne pas écouter? De son côté, le maire Angers n’hésite pas à déclarer : « nous avons été plus qu’à l’écoute ». À l’écoute, certes. Mais, les réponses offertes n’étaient pas d’une très grande limpidité. C’est la raison pour laquelle quelques citoyens étaient inquiets. Ont-ils été rassurés? Certainement pas. La Ville a toujours refusé de présenter le plan d’affaires du projet de curling.
Les contribuables soucieux de la manière dont leur argent est dépensé traînent une réputation de personnes qui s’opposent à toute forme de développement pour la Ville. Une réputation de rouspéteurs qui s’opposent à tout. Pourtant, tel n’est pas le cas. Actuellement, le maire Angers surfe sur une vague de popularité sans précédent et bénéficie de la bénédiction des citoyens, et ce peu importe les décisions rendues. C’est normal et, il faut l’avoué, bien mérité. Car, le premier magistrat de Shawinigan travaille fort depuis qu’il est en poste. Mais, ce n’est pas une raison pour que les contribuables se mettent des œillères et accordent une confiance aveugle en leur conseil.
D’ailleurs, à cet égard, M. Angers est fier d’affirmer que « la population fait confiance au conseil municipal ». Il est vrai, la population semble actuellement faire confiance à ses élus. Tant mieux. Mais, elle ne doit pas perdre de vue qu’elle possède toujours un droit de regard sur le travail de ses élus. Les citoyens d’une ville ont la chance d’avoir un droit de regard et une certaine forme de pouvoir. C’est pourquoi ils ont tout avantage à exprimer leurs doléances. Contrairement aux deux autres paliers de gouvernements, fédéral et provincial, le municipal est assujetti à des règles qui permettent aux citoyens de questionner, de commenter ou de contester les décisions de leurs élus lors des assemblées ou de la tenue de registre. Malheureusement, très peu de personnes prennent le temps de s’exprimer publiquement devant leurs pairs. Ceux qui osent le faire sont malheureusement mis à l’index s’ils s’opposent au pouvoir en place, surtout lorsque ce dernier fait l’unanimité dans l’opinion publique. Il en ressort un sentiment d’aigreur pour les uns et un sentiment de sérénité pour les autres. En fait, je dirais même un mélange des deux sentiments pour les deux parties.
Les uns sont aigris de traîner une réputation de rouspéteurs parce qu’ils osent élever la voix et exprimer publiquement leurs inquiétudes sur la manière dont on dépense les fonds publics. Les autres peuvent être également aigris d’avoir à justifier un investissement pour un projet qu’ils avaient à cœur et qu’ils croyaient tout à fait légitime pour le développement et l’avenir de la Ville.
Les uns sont sereins d’avoir honnêtement cherchés des réponses aux interrogations qu’ils avaient par rapport à un projet. Les autres, le sont tout autant après avoir résistés à toute la tourmente entourant le projet de curling. Ceux-ci, peuvent se dire, au nom de tous les amateurs de curling, mission accomplie.
Maintenant, il ne reste plus qu’à souhaiter que le nouveau club de curling municipal obtienne beaucoup de succès et que, surtout, la population toute entière s’approprie et profite au maximum de ces nouvelles installations qui lui appartiendront.

