Selon ce que rapportait l’Hebdo du Saint-Maurice le 18 mai 2011, Rémi-Pierre Paquin, l’un des artisans du défunt Festival de théâtre de rue de Shawinigan (FTRS), aurait discuté avec le maire Michel Angers d’un possible retour de l’évènement.
Bien qu’informel, ce rapprochement avec la nouvelle administration municipale shawiniganaise suscite beaucoup de réactions de la part de la population. C’est que le FTRS a laissé à la fois de beaux et douloureux souvenirs. Évidemment, on se rappelle l’énorme succès du festival mais aussi son départ dans le tumulte en 2006, comme l’écrit avec justesse Jonathan Roberge.
Il est important de rappeler certains faits qui se sont produits il y a déjà plus de quatre années pour bien comprendre les raisons de ce tumulte. Lors de la dernière édition, en 2006, les organisateurs omettent de payer plusieurs artistes. Désespérés, ceux-ci interpellent les ministres Beverley Oda et Line Beauchamp afin de les sensibiliser à leurs problèmes : le non-paiement des sommes dues par le FTRS, au-delà de 115 000 dollars, va jusqu’à mettre en péril la survie de certaines compagnies.
Les artistes de l’époque rappellent aux autorités fédérale et provinciale, ainsi qu’à la Ville de Shawinigan, que l’organisation du FTRS a bénéficié d’importantes subventions du Conseil des arts et des lettres du Québec, du Conseil des arts du Canada, de Patrimoine Canada et de la ville de Shawinigan pour la diffusion d'un événement consacré au théâtre de rue. Les artistes posent la question : à quoi a servi cet argent si les artistes, qui sont le cœur de l'événement, ne sont pas payés?
Les artistes et différents observateurs n’hésitent pas à parler de mauvaise gestion de la part des organisateurs du FTRS. D’autres insinuent, en des termes à peine voilés, certaines malversations qui expliqueraient les problèmes financiers du FTRS. Chose certaine, le bilan financier est lourd : une dette de 95 000$, un déficit accumulé de 160 000$ et des comptes à payer de 230 000$. Les organisateurs se défendent tant bien que mal : le FTRS n’a pas d’argent dans ses coffres, certes, mais il a une bonne réputation et une bonne renommée. «Pourquoi couper un arbre fruitier quand il commence à donner des fruits?», questionnent les organisateurs. Le FTRS est clair dans ses demandes : il demande rien de moins que 800 000$, pour quatre ans, afin de pouvoir maintenir la barque à flot.
De son côté, la Ville de Shawinigan est inquiète. L’administration municipale désire maintenir l’évènement à Shawinigan mais pas à n’importe quel prix. La Ville n’est pas prête à s’engager à rembourser les dettes de l’organisation, car elle juge que sa responsabilité se limite au versement de subventions. Le conseil municipal exige de la part du FTRS la mise en place d’un conseil d’administration légitime, la restructuration administrative et financière, le cautionnement éventuel de la dette à long terme du FTRS ainsi que de la marge de crédit nécessaire à son fonctionnement. Le tout assorti d’une subvention de 200 000$ et d’un versement de 50 000$ au remboursement de la dette.
En décembre 2006, la réponse des organisateurs du FTRS est sans équivoque : la proposition de la Ville est jugée irrecevable. Ils annoncent que c’est la fin de leur partenariat avec la Ville de Shawinigan.
Pourtant, en 2011, l’administration municipale de l’époque porte encore l’odieux du départ du FTRS bien que ce soit celui-ci qui ait formellement claqué la porte. Des citoyens, nostalgiques de l’évènement, souhaitent le retour du festival. De nombreux commentaires émis sur la page Facebook de l’Hebdo du St-Maurice sont assez probants à cet égard.
«Je vais vous dire ma façon de penser les gars du FTRS : restez où vous êtes. Vous avez de la popularité, vous vous êtes relevés et vous avez travaillé fort. Ne laissez pas la ville qui vous a démoli vous reprendre maintenant que vous avez le vent dans les voiles», d’écrire Stéphanie Fortin. De sont côté, Pierre Duplessis écrit : «Les gens chialent sous prétexte que ce sont "leurs taxes" et qu'ainsi, ils se donnent le droit de déféquer sur tout. Pendant ce temps, la ville stagne et les gens mettent les voiles. Même le maire Angers se fait servir cette médecine quand il souhaite revitaliser la ville. On a des chiâleux de salon en or!».
C’est que certains citoyens sont inquiets d’un possible retour du FTRS administré par les mêmes organisateurs. «Si ça revient, j’espère que ça sera mieux administré. Les premiers organisateurs avaient endetté l’événement et la ville, si ma mémoire est bonne», de rédiger Sylvie Garceau. À ce sujet, la réplique de l’un des organisateurs est cinglante : «Votre mémoire n'est pas bonne madame», d’écrire Rémi-Pierre Paquin. Pourtant, les faits relatés plus haut tendent à démontrer que l’évènement était mal administré.
À l’aube de ses dix ans d’existence, en 2006, l’évènement rayonnait à travers le Québec et était un produit d’appel touristique majeur pour la Ville de Shawinigan. Certes, le maire Michel Angers ne demanderait pas mieux que l’évènement renaisse de ses cendres mais il demeure prudent quant un éventuel partenariat avec les anciens dirigeants du FTRS.
Toujours est-il que le rêve de voir revivre le FTRS est toujours bien présent dans la communauté shawiniganaise. Petits et grands se souviennent avec nostalgie de ces quelques jours où les rues et les ruelles du centre-ville débordaient d’animation, de rires et de joies.
Mais, lorsqu’il est question de fonds publics, en ces temps où la population est surtaxée, on comprend que certaines personnes soient frileuses à l’idée de financer à nouveau un projet qui s’est avéré un gouffre financier. On peut croire aussi que les artistes lésés ne portent pas en très haute estime les organisateurs du FTRS. La prudence est donc de mise dans ce dossier.
LA RÉACTION À CET ARTICLE-CITOYEN: Le FTRS: un beau souvenir et un objet de fierté

