Le chef du conseil Atikamekw de Wemotaci, David Boivin, s’est livré hier devant ses conseillers à une critique sévère à l’endroit des propos tenus par le chef de du conseil de Manawan, Paul-Émile Ottawa, qui lui reproche un manque de transparence. « À plusieurs reprises avant que nous décidions, avec le conseil d’Opticiwan, de suspendre le mandat de négociations octroyé au Conseil de la nation atikamekw (CNA), nous avons invité Mme. Éva Ottawa, Présidente/Grand chef du CNA, a participé à nos délibérations. Celle-ci n’a pas répondu à nos invitations et maintenant, ils contestent nos décisions rendues en toute légitimité avec l’appui de nos communautés respectives alors que nos orientations étaient connues ».
Par ailleurs, contrairement à ce que prétend M. Ottawa, le chef David Boivin a tenu à préciser hier devant ses conseillers qu’en aucun cas la nomination de Mme Éva Ottawa, à la tête du CNA, n’était contesté. Cependant, une révision de la structure de la corporation s’impose ainsi qu’une clarification du mandat de négocier comme le stipule le rapport Saganash/Tremblay. Ce rapport soulève des préoccupations de l’époque, soit une conduite plus efficace des négociations et une meilleure information.
Pour illustrer quelques-unes des préoccupations entendues par la population atikamekw de Wemotaci, M. Boivin a notamment évoqué :
- L’absence de mandat de négociation clair octroyé au CNA. « Paradoxalement, a-t-il dit, la continuité des dépenses engagés par le CNA pour poursuivre les négociations territoriales alors que le mandat de négociation de l’équipe fédérale n’a pas été renouvelé dans les délais prescrits et ce, depuis novembre 2009, risque d’entraîner un important déficit qui n’a rien pour améliorer notre économie locale ».
- Le fait que plusieurs dossiers, tels que le regroupement de la Ville de la Tuque et des chevauchements territoriaux avec la nation Cri, auraient dû déjà être réglés depuis fort longtemps par le CNA, mais ont plutôt persistés et se sont amplifiés, provoquant ainsi une déception générale dans la nation et produisant un sentiment d’inachevé.
- La détérioration accélérée de notre environnement à laquelle conduit à l’exploitation inconsidérée de nos ressources, qui menace notre propre survie et économie, faute d’entente dans plusieurs dossiers.
- La révision du Protocole d’entente politique entre le CNA et les Conseils de Bande s’impose, car l’un de ces principes portant sur le maintien des prérogatives et des droits des communautés ne semble pas être respecté par la corporation du CNA.
Cette situation, a dit M. Boivin, « du moins pour notre communauté », trouve son explication par le manque de mandat clair pour la poursuite des négociations territoriales globales, conséquence du refus constant de M. Paul-Émile Ottawa et de Mme. Ottawa de s’assoir avec les conseils Atikamekw d'Opitciwan et de Wemotaci pour en arriver à un accord sur certains points en litige.
« Nous sommes d’accord de poursuivre les négociations territoriales mais pas dans le cadre actuel. Il faut faire une concertation qui va tendre à remettre l’ensemble des enjeux prioritaires au cœur des négociations », a longuement plaidé, M. Boivin.
