Débusquer la COVID-19 dans les égouts

Par Boris Chassagne | Initiative de journalisme local
Débusquer la COVID-19 dans les égouts
Le directeur des opérations, Nicholas Berrouard, ainsi que la directrice générale du CNETE, Nancy Déziel (Photo : Bernard Lepage)

INNOVATION. Le Centre National en électrochimie et en Technologie Environnementales (CNETE) du Cégep de Shawinigan compte démasquer le virus de la COVID-19 jusque dans nos égouts. L’idée étant d’en détecter la présence depuis l’entrée des bassins de rétention.

Le CNETE est devenu un des points d’ancrage de la recherche à l’échelle nationale et internationale. Dans la dernière année, les chercheurs du CNETE ont beaucoup contribué à la lutte au coronavirus et même contribué à la recherche entourant la fabrication de vaccins. Ce filon, le CNETE le poursuit jusque dans les égouts de Shawinigan. Mais il n’est pas seul.

«L’Université McGill, Laval, l’UQTR et l’École Polytechnique de Montréal ont réfléchi le projet. Le CNETE s’y est joint en cours de route», explique la directrice générale du CNETE, Nancy Déziel.

Cette vaste entreprise de détection de la présence du COVID-19 dans nos eaux usées doit permettre à la Santé publique de développer des modèles prédictifs de contamination pour un secteur donné. Et avant même que les contaminations ne se déclarent.

«C’est un des outils qui vient complémenter les autres méthodes de détection. On sera en mesure d’identifier les secteurs où il y a de l’activité et de tracer un portrait assez fidèle des éclosions, s’il y en a.»

Et cette enquête a l’avantage de détecter les cas asymptomatiques. «Dès qu’on est en contact avec le virus, on se met à l’évacuer dans les selles, dans l’urine. Les analyses qui seront faites permettent de détecter l’ARN du virus et d’établir un indice de présence sur un territoire donné.»

De détecter les éclosions, mais aussi une recrudescence des cas dans un secteur, ou même, de vérifier par exemple si les mesures de confinement produisent les effets attendus.

«Ça donne un cinq jours d’avance à la Santé publique pour réagir et pour adapter ses mesures de contingence, pour détecter des foyers d’éclosion», explique Nancy Déziel. La Santé publique pourrait alors décider de fermer une école, des secteurs, des quartiers d’une ville.

Shawinigan prélèvera des échantillons d’eaux usées

L’enquête sera aussi conduite ailleurs en Mauricie et au Québec comme dans le Centre-du-Québec, au Bas-Saint-Laurent, en Gaspésie. À Québec, on va tester les eaux usées à la sortie de six CHSLD.

La ville de Shawinigan va donc prélever des échantillons d’eaux usées à l’entrée de chacun de ses cinq étangs de traitement. Ils seront ensuite acheminés au CNETE. «On va analyser ces secteurs et on sera en mesure de dire s’il y a détection ou pas de la COVID-19, explique Mme Déziel, précisant que le CNETE va colliger ces informations au quotidien durant six mois. On aura ainsi un profil de contamination, secteur par secteur. On vient juste de recevoir les protocoles, on a commandé les produits chimiques. On devrait être en mesure, d’ici une semaine ou deux, de lancer les analyses.»

Trois techniciens, un chercheur et un assistant de recherche seront affectés au projet.

Ces analyses peuvent même détecter un cas de COVID-19, pour une population de 10 000 personnes, affirme Mme Déziel. C’est le seuil minimal détectable. La méthodologie sera ainsi mise à l’épreuve à Shawinigan. «Ce qu’on va développer sera transposable à d’autres types de virus (comme l’influenza)», explique la directrice du CNETE.

On entend la question qui vous brûle les lèvres et nous aussi: si on est en mesure de le détecter la présence de la COVID-19 dans nos égouts, le virus peut-il s’y répandre et nous contaminer? Nancy Déziel nous rassure et a la gentillesse de nous répondre en gardant son sérieux! «Non, le virus ne survit pas. Ce sont des fragments d’ARN qu’on évacue. Il n’y a pas de danger à ce niveau-là.» La pandémie nous aura au moins appris comment affronter une telle crise. Et aussi comment «travailler à accélérer certains processus qui peuvent être lourds dans le domaine de la santé. Et ça, c’est une belle réussite comme société», conclut Nancy Déziel.

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