Des solutions pour préserver la santé des travailleurs vieillissants

Par marie_eve_alarie
Des solutions pour préserver la santé des travailleurs vieillissants
Alexandra Lecours, professeure en ergothérapie à l'UQTR et titulaire de la Chaire de recherche UQTR sur la santé des travailleurs vieillissants (Photo : (Photo courtoisie))

La pénurie de ­main-d’œuvre à travers le ­Québec incite de nombreux travailleurs âgés de 55 ans et plus à demeurer sur le marché du travail et à des personnes retraitées à y revenir. Professeure au département d’ergothérapie de l’Université du ­Québec à ­Trois-Rivières (UQTR), ­Alexandra ­Lecours se penche sur la santé des travailleurs de 55 ans et plus dans le cadre de la nouvelle ­Chaire de recherche ­UQTR sur la santé des travailleurs vieillissants.

Mme ­Lecours s’intéresse à la santé des travailleurs depuis ses débuts en recherche. «  J’ai une préoccupation pour les travailleurs en situation de vulnérabilité ou qui ont des particularités, notamment. Pour mon doctorat, je me suis surtout intéressée aux jeunes travailleurs en formation. Aujourd’hui, les gens peuvent demeurer plus longtemps sur le marché du travail si leur santé tient le coup. Dans le contexte sociétal de pénurie de ­main-d’œuvre, les travailleurs vieillissants font partie de la solution parce qu’ils sont expérimentés. Les gens veulent généralement rester plus longtemps sur le marché du travail ou y revenir, mais ils ne sont pas nécessairement dans la même condition qu’avant  », explique ­Alexandra ­Lecours, titulaire de la ­Chaire de recherche ­UQTR sur les travailleurs vieillissants.

La ­Chaire de recherche étudiera trois trajectoires : le maintien en emploi des travailleurs ­au-delà de l’âge de la retraite, le retrouve au travail après une période d’absence à la suite d’une blessure au travail ou du développement d’une maladie en lien avec l’avancement en âge, par exemple, ainsi que les gens qui décident de revenir sur le marché du travail après une première retraite.

«  C’est un phénomène qu’on voit de plus en plus, remarque ­Mme ­Lecours. Ils prennent généralement leur retraite à l’âge auquel ils y ont droit, mais après quelques mois ou quelques années, ils ont envie d’occuper un emploi. Il y a des enjeux dans la mesure où il arrive souvent que ce soit dans un emploi assez différent que celui dans lequel ils ont pratiqué, entre autres parce qu’ils ont envie d’essayer quelque chose de nouveau. Ça amène de nouveaux risques puisque ce sont des emplois qu’ils n’ont jamais fait.  »

«  C’est aussi documenté qu’une grande proportion des travailleurs vieillissants veulent revenir dans des conditions différentes, entre autres avec un horaire plus flexible. Le 9 à 5 n’est pas la meilleure option pour eux, car il faut considérer qu’il y a des limites, de la fatigabilité ou le désir d’avoir plus de contrôle sur son horaire  », ­ajoute-t-elle.

La coopération intergénérationnelle, une solution ?

Considérant le problème criant de pénurie de ­main-d’œuvre, des travaux de la ­Chaire émergeront des solutions permettant non seulement de favoriser la santé individuelle des travailleurs, mais aussi d’assurer la pérennité des organisations en maintenant en emploi une ­main-d’œuvre qualifiée et expérimentée.

L’équipe d’Alexandra ­Lecours se penchera aussi sur la conception d’outils de mesure de la participation saine au travail des travailleurs vieillissants, ainsi qu’au développement d’interventions interdisciplinaires et intersectorielles pour favoriser leur santé.

Mme ­Lecours étudie notamment la coopération intergénérationnelle pourrait contribuer au maintien en santé des travailleurs âgés de 55 ans et plus. «  ­Depuis qu’on calcule des statistiques, on est dans la période où il y a le plus grand nombre de générations qui se côtoient au travail, ­souligne-t-elle. On retrouve dès employés de 11 ans tout comme des adultes qui travaillent ­au-delà l’âge de la retraite. C’est du jamais vu !  »

«  ­On le constate, par exemple, dans les magasins d’alimentation où des gens qui pourraient être retraités côtoient de très jeunes travailleurs. Ils n’ont pas les mêmes valeurs liées au travail ou aux façons de travailler, ­détaille-t-elle. L’idée est de voir comment faire en sorte que ces générations se côtoient et soient capables de travailler ensemble afin de maintenir en emploi les travailleurs vieillissants et éviter la propagation de stéréotypes qui pourraient nuire à leur santé.  »

Une adaptation au télétravail

La ­Chaire de recherche développe également un guide pour s’assurer que le télétravail soit effectué de façon saine pour les travailleurs de 55 ans et plus.

«  ­Le télétravail a été imposé à beaucoup de travailleurs, mais pour ceux qui faisaient leur travail en présentiel, c’est un choc de bousculer dans un mode de télétravail. On est assez avancé pour avoir de bonnes pratiques, mais généralement, pour les gens qui avancent en âge, le fait de retourner sur le marché du travail va ­au-delà de l’incitatif financier, souligne ­Mme ­Lecours. C’est aussi pour les contacts sociaux qu’on a avec les gens. Ces contacts sont difficiles à maintenir quand on est en télétravail. Pour les travailleurs vieillissants, c’est un défi supplémentaire, tout comme le soutien technologique. C’est primordial de mettre en place un soutien facile et trouver des stratégies pour maintenir les contacts sociaux avec les collègues.  »

D’une durée de trois ans, la ­Chaire de recherche ­UQTR sur la santé des travailleurs de 55 ans et plus vise aussi à travailler avec les organisations pour identifier des solutions viables et concrètes pour favoriser le maintien des travailleurs vieillissants sur le marché du travail. Déjà, des employeurs, des gestionnaires, des professionnels de la santé, des assureurs et des syndicats de divers endroits au ­Québec participent à la ­Chaire de recherche.

Les employeurs intéressés à participer au projet de recherche peuvent écrire au crstv@uqtr.ca.

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