La reconversion des villes à cheminées

Photo de Patrick Vaillancourt
Par Patrick Vaillancourt

ÉCONOMIE. Dans le cadre du 30e anniversaire de la Société d’aide aux collectivités (SADC) du Centre-de-la-Mauricie, l’économiste, journaliste et chroniqueur au journal Les Affaires, René Vézina, livrait une conférence intitulée À la recherche d’un nouveau souffle pour Shawinigan. Étonnamment, M. Vézina avait été approché avant la fermeture de l’usine Laurentide par la SADC pour cette conférence. TC Media s’est entretenu avec cette sommité du monde économique québécois.

Le journaliste compte 40 ans de métier, autant en presse écrite, à la radio et à la télévision. En plus de ses chroniques économiques au journal Les Affaires, M. Vézina livre aussi des chroniques à la radio 98,3 FM, en plus de ses conférences partout au Québec qui traite de développement régional.

Lors de sa conférence, M. Vézina a traité du froid, les histoires déplaisantes de Shawinigan, et le chaud, ce qui permet d’espérer.

«Actuellement, Shawinigan est un cas au Québec. Il y a une vieille expression journalistique qui dit : good news is no news (une bonne nouvelle n’est pas une nouvelle). Donc les nouvelles qu’on entend de Shawinigan sont les fermetures à répétition. L’image veut que ce soit une ville en train d’être désertée. D’ailleurs c’est une des villes au Québec qui a le plus fort taux de gens âgés de 65 ans et plus. Une personne sur quatre à Shawinigan à 65 ans et plus.»

M. Vézina a commencé à s’intéresser au Centre d’entrepreneuriat de Shawinigan lors d’un atelier de l’Union des municipalités au Québec (UMQ) au printemps dernier à Gatineau, alors que le maire Michel Angers était l’un des panellistes invités. «Michel Angers avait alors dit à mon étonnement qu’il revenait de Stockholm en Suède, où il était allé présenter le modèle Shawinigan à la demande de l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Économiques). Je me suis dit, ou bien le gars nous emplit, ou bien il se passe quelque chose là. J’ai proposé un dossier au journal qui s’appelait La reconversion des villes à cheminées. Shawinigan est un cas type. Pendant que je travaillais sur ce dossier, la SADC m’a proposé par une heureuse coïncidence, de venir parler de ma vision du développement régional. Ils m’ont fait la proposition avant la fermeture de la Laurentide, et la fermeture survient, ce qui vient amplifier ce qu’on vient de dire.»

«Un des éléments qui est sous-estimé, c’est le facteur humain. Shawinigan offre une merveilleuse qualité de vie. La qualité de vie n’est pas seulement la beauté des lieux, mais c’est aussi l’accueil, la solidarité, de se promener dehors sans craindre, avoir de bonnes places où sortir, où manger, faire du vélo… Il m’apparaît que, dans ce coin-ci, on peut miser assez fort sur la qualité de vie. Shawinigan est au coeur du Québec méridional. Ici, il y a des porteurs de ballons, à commencer par le maire. Dans bien des endroits, il y a des idées, mais aucun porteur. Il faut arrêter de parler de la Belgo, de Rio Tinto Alcan, de la Laurentide.»

Le Centre d’entrepreneuriat

Le journaliste a profité de son passage à Shawinigan afin de visiter le Centre d’entrepreneuriat de long en large. «C’est intéressant de voir le lieu, et c’est surtout intéressant de voir la portée, avec Digihub. Il existe une capacité d’accueil dans un bâtiment où on a eu la brillante idée de le préserver. C’est une méchante belle carte de visite. Shawinigan pourra s’en sortir avec le créneau du numérique dans la mesure où il faut attirer des jeunes. Le nerf de la guerre c’est le renfort puisque le nouvel indice entrepreneurial à Shawinigan est supérieur à la moyenne québécoise. Les villes ne doivent plus attendre l’implantation d’une grosse compagnie. Les emplois doivent venir de l’intérieur. Une usine de General Motors, il n’y en aura pas ici. Bien sûr, ça prend aussi le financement puisque tu as beau avoir les meilleures idées, mais ça prend la force du soutien financier.»

Le SWAT

Selon M. Vézina, la création du Groupe tactique d’intervention économique (GTIE) par le gouvernement du Québec servira de cas d’espèce. «De voir la création du GTIE tout de suite après la fermeture de la Laurentide et que le grand Shawinigan soit le premier lieu désigné, me porte à croire que ça va servir de cas d’espèce. Le gouvernement est condamné à ne pas rater son coup. Sinon, les gens diront que le gouvernement parle, sans avoir de résultat. Si j’étais le huitième sur la liste je serais soucieux, mais pas en étant le premier.

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