Une deuxième vie pour les pianos

Judith Mc Murray
Une deuxième vie pour les pianos
André Lacombe, de concert avec l'entreprise l'As du Piano, a lancé l'initiative Piano au suivant. Le piano sur la photo a d'ailleurs été livré à sa nouvelle famille juste à temps pour Noël, après plus d'un an dans l'entrepôt de Louiseville. (Photo : L'Hebdo - Audrey Leblanc)

COMMUNAUTÉ. Que feriez-vous si vous deviez déménager sans pouvoir apporter votre piano avec vous ? Tenteriez-vous de le vendre ? De le donner ? Vous constaterez rapidement qu’il est laborieux de trouver une personne qui a les ressources pour déménager un tel instrument.

L’As du piano est une entreprise de la -Mauricie spécialisée en déménagement de pianos depuis 1977. C’est en 2018 qu’André Lacombe, natif de Saint-Boniface, joint les rangs de l’équipe et lance l’initiative Piano au suivant qui consiste à récupérer des pianos en bonnes conditions qui sont à l’abandon et les entreposer. L’objectif est ensuite de les remettre gratuitement à des organismes ou des familles en ne chargeant que les frais de transport.

L’initiative a débuté alors qu’une dame de la Rive-Sud de Montréal, âgée de 76 ans, a téléphoné M. Lacombe en espérant pouvoir donner une seconde vie à son piano.

« Son père lui avait acheté ce piano alors qu’elle était adolescente, donc elle l’avait depuis 60 ans, mentionne M. Lacombe. Ça coutait cher en plus à l’époque ! » La femme était très attachée à son piano et ne pouvait concevoir que son instrument se retrouverait aux ordures.

Il y a toujours une personne qui sait jouer du piano ! »

André Lacombe

« Sa municipalité lui avait dit que la seule possibilité était de l’envoyer à l’écocentre », ajoute-t-il.

Sensible à la situation de la dame, André Lacombe a choisi d’en parler avec le propriétaire de L’As du piano, Daniel Lamontagne. Après consensus, l’instrument fut conservé dans un entrepôt de l’entreprise, à Louiseville.

Par la suite, M. Lacombe a entendu l’histoire du jeune Louis-Philippe qui recherchait désespérément un piano.

« J’ai vu ça aux nouvelles, se souvient-il. Le garçon sortait de l’hôpital Ste-Justine et voulait s’acheter un piano. Il distribuait le journal pour y arriver. » Touché par cette histoire, André Lacombe a pris contact avec le jeune homme. Peu de temps après, l’équipe de l’As du piano lui livrait l’instrument tant souhaité. C’est à partir de cet instant que les activités de Piano au suivant ont officiellement pris leur envol.

Lors de cette première année de fonctionnement, huit pianos ont évité l’écocentre grâce à l’initiative d’André Lacombe. Quatre ans plus tard, c’est près d’une cinquantaine de pianos. En effet, victime de son succès, les derniers mois de Piano au suivant ont été marqués par la réception d’un nombre record d’instruments. C’est pourquoi la compagnie entrepose actuellement plus de pianos qu’elle n’en distribue.

Cet essor de popularité est principalement attribuable au bouche-à-oreille selon André Lacombe. La distribution de pianos se fait dans de multiples familles, CHSLD, Maisons Gilles Carle et foyers pour personnes du troisième âge, notamment.

« Quand un piano arrive dans un centre, ça attire les gens et ça change l’ambiance. Il y a toujours une personne qui sait en jouer. »

Ainsi, après avoir remis des pianos non seulement en Mauricie, mais aux quatre coins de la province, le nom de l’initiative circule rapidement.

Comme le spécifie M. Lacombe, l’équipe de L’As du piano ne répare pas les instruments. On s’assure plutôt d’un déplacement réussi. Un piano pèse entre 500 lb et 1200 lb, c’est pour cette raison que beaucoup de déménageurs refusent de les déplacer et préfèrent confier cette tâche à des experts. Une situation qu’André Lacombe croise fréquemment est lorsqu’une personne âgée doit déménager et ne peut apporter son piano. Elle souhaite donc sauver l’instrument en trouvant quelqu’un intéressé à le reprendre. Malgré la gratuité du piano, difficile de mettre la main sur une personne qui soit en mesure de le déménager. Il faut également ajouter à cela l’attachement des gens envers l’instrument. Les propriétaires de piano sont subjugués à l’idée que celui-ci pourrait se retrouver aux ordures.

Voilà ce qui a ultimement motivé André Lacombe. «Les pianos font souvent partie de la vie des gens pendant de nombreuses années », comme il le souligne. Ils veulent s’assurer que leur instrument ne terminera pas sa vie dans un écocentre, mais bien qu’il trouvera une seconde famille. C’est ce que l’initiative Piano au suivant parvient à faire : sauver les pianos.

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