Une expropriation déguisée en bail

Photo de Bernard Lepage
Par Bernard Lepage

«Une expropriation déguisée en bail!» Guy Ouellet ne mâche pas ses mots pour dénoncer le contrat que Solifor lui propose s’il veut encore profiter d’un terrain qu’il occupe depuis 50 ans en Haute-Mauricie.

Le résident de Québec est en colère après le gouvernement qui a cédé il y a un peu plus d’un an 325 hectares de terres publiques, situées dans la ZEC Wessonneau, à la compagnie Solifor. «Il ne m’a pas protégé», dénonce-t-il au bout du fil.

Grâce à un bail signé avec la ZEC il y a 33 ans, ce retraité de 81 ans a patiemment construit un camp de chasse et de pêche comptant quatre chambres et plusieurs autres commodités sur un terrain de près de 4000 pieds carrés.

Tout s’est écroulé à l’automne 2010 lorsque le nouveau propriétaire lui a expédié un bail de location comprenant des conditions que M. Ouellet juge inacceptable. «Je ne l’ai pas encore signé d’ailleurs.»

Entre autres clauses, celle du tarif de 350$ que Solifor se réserve le droit de revoir au terme de l’entente le 30 juin prochain. Ce montant est sensiblement le même que la ZEC Wessonneau exigeait mais Guy Ouellet se doute bien que le nouveau propriétaire aura beau jeu de l’augmenter substantiellement à sa guise dans quelques semaines.

SUITE EN PAGE 2

Solifor se garde également le privilège de résilier le contrat unilatéralement, accordant seulement au locataire «un délai raisonnable» pour quitter le territoire. M. Ouellet ne peut non plus couper ou enlever des arbres même s’ils sont tombés ou renversés. Enfin, Solifor interdit à son locataire de pratiquer la chasse, ne l’autorisant qu’à y tenir des activités de villégiature et de pêche.

Toutes ces conditions ont créés un sentiment d’écœurement chez M. Ouellet qui n’a remis les pieds qu’une seule fois en Haute-Mauricie depuis un an.

Un chalet de 100 000$

Compte tenu de son âge et de la distance à parcourir entre Québec et la ZEC Wessonneau, Guy Ouellet songeait depuis quelques temps à vendre son camp. Il avait même déniché un acheteur potentiel qui était prêt à l’acquérir pour 100 000$. Les négociations sont évidemment tombées à l’eau lorsque Québec et Solifor ont conclu une entente sans que les autorités de la ZEC Wessonneau soient informées.

Guy Ouellet sait très bien qu’aucune personne sensée ne voudrait maintenant acheter son camp avec de telles conditions d’utilisation. C’est pourquoi il n’hésite pas à accuser Solifor de vouloir l’exproprier de façon indirecte.

Il a bien tenté de communiquer avec le ministère des Ressources naturelles et de la Faune pour faire valoir son point de vue mais on l’a toujours référé au nouveau propriétaire. Auprès de celui-ci, M. Ouellet a essayé de négocier, suggérant de vendre son camp au prix qu’un évaluateur professionnel fixerait, mais il s’est buté à des portes closes.

Puisque Solifor est une création du Fonds de solidarité de la FTQ, le résident de Québec a la nette impression aujourd’hui de se faire rouler avec son propre argent. «J’ai travaillé toute ma vie dans un moulin à papier et nous étions affiliés avec la FTQ comme le sont aussi mes enfants», termine-t-il sur un ton enragé.

À LIRE AUSSI: Chasse et pêche: le retour des clubs privés?

ZEC Wessonneau: des clauses controversées

Partager cet article
S'inscrire
Me notifier des
guest
0 Commentaires
Inline Feedbacks
Voir tous les commentaires