Une nouvelle route à 55 ans

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Par Patrick Vaillancourt
Une nouvelle route à 55 ans
À 55 ans, le Shawiniganais Éric Thibodeau prend un virage de carrière d'infirmier à routier. (Photo : atrick Vaillancourtpvaillancourt@lhebdodustmaurice.com)

SHAWINIGAN.  Bien souvent, lorsqu’une personne entreprend une nouvelle carrière à 55 ans, âge de la liberté, ce n’est pas par choix, mais plutôt par obligation en raison de circonstances incontrôlables. Le scénario est différent pour le Shawiniganais Éric Thibodeau, alors qu’il a pris la décision de prendre sa retraite à titre d’infirmier, pour se lancer dans une nouvelle carrière de camionneur.

Éric Thibodeau ne fait pas de cachette, c’est la situation actuelle du système de santé québécois qui l’a incité à prendre sa retraite à 55 ans, dès qu’il le pouvait. « J’ai pris ma retraite en mai dernier comme j’avais le droit. J’ai pris l’été pour réfléchir, et je voulais aller chercher une nouvelle formation. Comme j’ai toujours aimé voyager, et qu’il y a un manque pour les camionneurs, je savais que je pouvais avoir un emploi après ma formation. En plus, ton patron n’est pas toujours collé sur toi! Si j’ai la santé, je vais pouvoir conduire encore longtemps. »

« Dans le monde de la santé, c’est un secret de polichinelle de savoir que tout le monde en a plus qu’assez, excepté les jeunes qui commencent, poursuit l’étudiant de 55 ans. On y a goûté pendant les 10-15 dernières années, et c’est la cerise sur le sundae qu’on voit. La pression sur le personnel a commencé bien avant ça! Le bateau coule, et tout le monde commence à s’enfuir. »

M. Thibodeau indique avoir commencé sa carrière d’infirmier à 26 ans au milieu des années 1990. « Quand j’ai commencé, il n’y avait pas de poste ou presque pas. J’ai commencé à temps partiel, et il fallait attendre des années avant d’avoir un poste temps plein. Aujourd’hui c’est le contraire, les gens ne veulent plus de temps plein ils veulent du temps partiel. Pour moi, j’avais choisi ce métier pour le goût d’aider les autres. J’aimais l’humain! On prenait le temps de donner des soins, de s’occuper de la personne, mais aujourd’hui c’est la vitesse, c’est le volume, et ça apporte des risques d’accident. »

Éric Thibodeau affirme que le monde de la santé n’apporte pas seulement du négatif, mais il était prêt à passer à autre chose. C’est par le Centre de formation en transports de Charlesbourg, via son bureau satellite à Trois-Rivières, qu’il a commencé son cours de routier à la fin du mois d’août, et il devrait le compléter en février prochain. « Il y a plein de belles choses qu’on peut encore faire à 55 ans. Tous les domaines sont couverts, et je vais avoir la possibilité de voyager partout en Amérique du Nord. On apprend comment fonctionnent les charges et les types d’arrimages aux États-Unis. Le monde du transport est vaste et il y a beaucoup de possibilités. On n’a pas terminé notre cours et on a déjà des demandes pour combler un emploi. »

Il y a une quinzaine d’années, Éric Thibodeau avait vu un reportage sur un policier de 55 ans qui avait pris sa retraite, pour s’orienter vers le camionnage. « Il a fait une carrière après sa carrière. Il doit avoir 73 ans aujourd’hui et il travaille encore. À notre retraite on peut faire un voyage par mois si on veut. On n’est pas obligé de faire du temps plein accoté. Il suffit de choisir le domaine que tu veux pour rester actif à travailler. J’avais le goût de vivre autre chose et de continuer à rester actif. »

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