Aéro Atelier C.M.: Moins d’heures, même salaire, plus de production
AVIATION. Diminuer le nombre d’heures travaillées, en conservant le même salaire, tout en augmentant la productivité, c’est le pari relevé avec brio par Aéro Atelier C.M. et qui a même attiré l’attention de la Direction générale de l’Aviation civile (DGAC) de France.
Basé sur l’hydrobase de Bel-Air Aviation, le spécialiste des moteurs d’aéronef a instauré depuis mai 2024 le concept de Vendredi équilibre, c’est-à-dire un nouvel horaire de 4 jours de travail, du lundi au jeudi, pour sa vingtaine d’employés.
« Ils travaillent 34 heures, mais ils sont payés 40 heures comme auparavant », explique Manuel Mongrain, propriétaire de Aéro Atelier C.M., entreprise fondée en 1980 par son père Guy-Paul Mongrain.
Ironiquement, c’est la pandémie qui est à l’origine de cette initiative alors que les heures de dîner avaient été ramenées à 30 minutes afin de permettre une rotation des employés dans la salle à manger pour respecter les règles de proximité. À partir de là, la semaine se terminait à 14 h 30 le vendredi. « Les employés ont commencé à aimer ça et ils s’organisaient pour terminer leurs 40 heures à midi. Ils nous restaient donc juste une demi-journée à aller chercher », poursuit Manuel Mongrain.
L’idée d’instaurer quatre journées de 10 heures, au lieu de 8 heures sur cinq jours, est rapidement écartée puisque les recherches en milieu de travail relèvent que la productivité s’en trouve affectée.
« Travailler sur un moteur d’avion, ça demande beaucoup de concentration et il y a des limites à pouvoir le faire durant 10 heures consécutives », souligne le patron de Aéro Atelier C.M. qui a beaucoup lu sur la question avant d’instaurer son Vendredi équilibre.
Avec la nouvelle politique, la règle demande à tous les employés de programmer leur rendez-vous personnel le vendredi, comme la visite chez le dentiste, afin que tout le personnel soit présent en même temps. « La seule exception, c’est le rendez-vous avec son médecin », précise Martin Blais, responsable marketing et ventes chez Aéro Atelier C.M..
Le projet suscite la curiosité chez le personnel au début, mais rapidement, les résultats sont au rendez-vous. « Ce qu’on a constaté, c’est que les employés sont de bonne humeur tout le temps. Quand ils arrivent le lundi matin, ils sont en forme et prêts à travailler après leur fin de semaine de trois jours. Il n’y a plus personne qui arrive en se traînant la patte », sourit Manuel Mongrain.
Depuis l’instauration du Vendredi équilibre, l’entreprise a passé de 180 moteurs d’aéronef refaits à neuf à 200 par année, c’est-à-dire un gain d’environ 10 %. « On prenait un risque, mais on a gagné. C’est bon pour la santé mentale de nos employés et il y a même de nos clients qui regardent pour appliquer la même politique chez eux », souligne Manuel Mongrain. Et c’est également sans compter que le concept a un impact sur la rétention des employés et même le recrutement.
Un appel de la France
Sur son compte LinkedIn, Martin Blais fait occasionnellement des publications à propos du Vendredi équilibre lorsqu’un jour, il reçoit un message de la Direction générale de l’Aviation civile (DGAC) de France.
« Au début, je pensais que c’était une arnaque, mais en faisant des recherches, j’ai vu que le gars qui m’écrivait travaillait réellement pour eux. Et là, il me demandait si on voulait participer à un colloque pour expliquer notre concept et ses résultats. À la DGAC, ils ont mis en place l’initiative Sentinelle dans l’aviation civile pour instaurer des procédures de sécurité au niveau de ce qu’ils appellent le facteur humain. »
En discutant avec interlocuteur, Martin Blais apprend que la DGAC recommande depuis des années de réduire le nombre d’heures travaillées chez ses membres. « Ils organisent des rencontres régulièrement avec des participants de plusieurs pays et nous sommes invités à y participer pour parler du Vendredi équilibre », conclut-il.
Qui est Aéro Atelier C.M.?
Fondée à Hérouxville en 1980 par Guy-Paul Mongrain, Aéro Atelier C.M. est aujourd’hui l’un de cinq plus importants spécialistes des moteurs d’aéronef au Canada. Installée sur l’hydrobase de Bel-Air Aviation depuis le début des années 1990, l’entreprise compte des clients partout au pays. « On en a déjà eu en France et en Afrique, mais depuis les années 2010, on se concentre sur le marché national », explique Manuel Mongrain qui a grandi dans cet univers motorisé dès son adolescence.
