Billy Villemure au pays des géants

FORÊTS. «Le plus vieil arbre que j’ai coupé, c’était un chêne blanc de 230 ans. Quand la coupe est belle, je m’amuse à compter les cercles», lance Billy Villemure, appuyé sur une tour de rondelles de peupliers de 7 pieds de diamètre. Entrevue avec un scieur au pays des géants…

Éparpillées sur le terrain de sa scierie, dans le rang Saint-Mathieu à Shawinigan, plus d’un millier de tranches d’arbre – appelées communément live edge ou slab – attendent d’être transformées en table ou autre mobilier unique sous les mains habiles des ébénistes. Un des plus grands inventaires du Québec.

«J’ai une quinzaine d’essences différentes, quasiment toutes les sortes de bois qu’on retrouve au Québec», explique le Shawiniganais qui a commencé à développer cette spécialité en 2017.

Vu les dimensions hors norme des arbres en question, impossible de les transformer en tranches de trois pouces d’épaisseur avec un moulin à scie. C’est donc armé d’une scie à chaîne avec une plate de 72 pouces (6 pieds) et d’un guide qu’il s’attaque aux géants. Couper une quinzaine de slabs sur un peuplier de 5 pieds de diamètre peut ainsi lui prendre deux jours de travail. «La première tranche est le plus d’ouvrage parce qu’il faut se placer bien droit, au niveau.»

Évidemment, ces pièces ont un prix. La slab de peuplier de 5 pieds de large peut valoir près de 600$ mais il faut compter plus de 2000$ pour une tranche de noyer noir de près de 6 pieds de diamètre. «C’est un billot que j’ai acheté aux États-Unis pour 6000$», explique le Shawiniganais qui en a extrait une douzaine de live edge de ce bois noble dont il tirera un peu plus de 15 000$ lorsqu’il les aura écoulées.

Des ventes partout au Québec

«Un morceau exceptionnel comme celui-là, ce n’est pas n’importe qui qui peut se payer ça mais il y a toujours quelqu’un à un moment donné qui va être prêt à mettre le prix. Moi, je me spécialise dans ce que les autres ne font pas», souligne en souriant Billy Villemure qui doit supporter financièrement cet inventaire le temps qu’il soit vendu. C’est d’ailleurs grâce à la variété de ces pièces qu’il reçoit des appels de partout au Québec.  «Plus l’arbre est gros, plus il est rare et plus certains clients vont être prêts à payer pour l’avoir», résume-t-il.

Il est d’ailleurs assez connu dans le milieu pour qu’on lui offre maintenant des arbres de dimension hors norme doivent être abattus. «Je m’informe de la largeur du tronc et je demande des photos. Ça commence à être intéressant quand le diamètre commence à une quarantaine de pouces, car c’est généralement la largeur d’une table standard. On discute, on négocie et généralement, on s’entend.»

Transformées en tables exceptionnelles, parfois constituées d’une rivière en époxy quand la tranche comporte des trous ou des formes irrégulières, les slabs du Shawiniganais ont été très demandées dans la dernière année. «Les affaires ont été bonnes, reconnaît-il. À cause de la pandémie, il y a beaucoup de gens qui avaient du temps et du talent pour s’attaquer à un projet manuel. Aujourd’hui sur You Tube, on trouve des vidéos qui te montrent toutes les étapes pour comment faire.»

Billy Villemure investira tout près de 100 000$ cet automne dans la construction d’un séchoir et d’une salle d’entreposage à température contrôlée pour y ranger ses tranches d’arbre une fois séchées. Il prévoit également mettre en ligne un site web pour exposer son inventaire. «Chaque slab aura droit à sa photo, son essence, sa dimension, sa forme, son prix», termine le scieur au pays des géants.