Centre Roland-Bertrand: Frédéric Trudelle passe le flambeau
COMMUNAUTÉ. Après près de 20 ans passés au Centre Roland-Bertrand, dont presque 16 à la direction générale, Frédéric Trudelle tirera sa révérence à la fin du mois de juillet afin de poursuivre son parcours en enseignement. Durant deux décennies, il a contribué à changer le destin d’un nombre incalculable de personnes.
Originaire de Saint-Georges-de-Beauce et titulaire d’un bac en administration, Frédéric Trudelle a passé les quatre premières années de sa carrière à travailler dans des bureaux de comptables agréés.
“L’avenue du communautaire me parlait. Je voulais utiliser mes connaissances pour le bien commun. À un moment donné, j’ai tout quitté. Je suis parti avec mon pack sac en Europe. Quand je suis revenu, je suis venu vivre à Shawinigan, bien que je n’aie pas de racines ici. Durant mes vacances, j’ai vu une offre d’emploi au Centre Roland-Bertrand. C’était ma chance d’entrer dans le milieu communautaire.”
En novembre 2006, il est embauché comme directeur administratif de l’organisme.
“Quatre ans après mon arrivée, le poste de direction s’est libéré. On me l’a proposé de manière intérimaire en janvier 2011 et quelques mois après, j’ai été officialisé dans mon poste de direction.”
Le Centre Roland-Bertrand vient en aide à 4000 personnes chaque année.
“Le visage de la pauvreté, oui, il a changé, mais la personne seule sur l’aide sociale représente encore 65 ou 70 % de notre clientèle. Mais oui, il y a des personnes qui travaillent, qui, avant, ne venaient pas. Des jeunes familles qui ont un salaire au lieu de deux parce que quelqu’un reste à la maison avec les enfants. On a vu ça changer. On a vu aussi il y a quelques années, les nouveaux arrivants qui allaient au Cégep de Shawinigan. Malheureusement, ils arrivaient et n’avaient pas de travail. On a dû créer des ponts un peu plus forts avec le Cégep pour l’aide alimentaire.”
En 20 ans, Frédéric Trudelle a pu observer ce qui a le plus changé sur le terrain.
“Dans le paysage de Shawi, en termes de vulnérabilité, la problématique en santé mentale est plus lourde qu’avant. On a aussi été témoin d’une recrudescence des besoins en aide alimentaire et en itinérance, surtout depuis la pandémie. L’autre chose qu’on a vue, c’est tout l’aspect consommation de drogue. Les drogues sont beaucoup plus fortes qu’avant. Même si ce n’est pas généralisé, le comportement de certains est rendu un peu plus agressif.”
Sous sa gouverne, certains projets qui émergeaient au Centre à son arrivée ont pu être développés.
“L’abbé Marcil avait déjà mis en place tout le volet réinsertion socio-professionnelle qui est hyper important parce qu’on voit que ça fonctionne. C’était son legs quand il est parti. Au lieu de seulement combler les besoins de base, on veut aider les gens à se sortir de la pauvreté par un retour à l’école, un retour à l’emploi, une meilleure estime. On fait juste commencer. On a l’espace pour le faire avec la nouvelle bâtisse. Et toute la stabilité résidentielle aussi. On a mis l’emphase beaucoup plus là-dessus.”
La générosité à Shawinigan
On peut penser que la population manifeste une plus grande générosité, une plus grande solidarité, lorsque la situation économique est plus difficile.
“La générosité des gens, elle n’a pas changé: elle a toujours été parfaite à Shawinigan, sérieusement. Depuis le jour 1, ça m’a toujours surpris, dans le temps de Noël surtout mais aussi à longueur d’année, de voir les gens qui nous font des dons de 10 $, 25, 100, 5000, 10 000 $. Cette générosité-là a toujours été palpable avec le Centre Roland-Bertrand. Je pense qu’on est une belle référence. On est crédible dans le milieu et on supporte une cause qui a sa place à Shawinigan. Les gens côtoient la pauvreté au quotidien et ils veulent vraiment améliorer leur communauté en faisant des dons.”
L’interaction qu’a le Centre avec les autres organismes du milieu a aussi connu une évolution.
“Le Centre a déjà été vu comme une pieuvre avec ses tentacules qui s’appropriait les projets, un peu plus en silo. Je pense qu’on a cassé ça avec les années. On a créé de bons partenariats. Le Centre s’est intégré à plein de concertations avec le milieu communautaire et on a fait des beaux projets en partenariat.”
Quand on lui demande la chose dont il est le plus fier, Frédéric Trudelle revient aux objectifs qu’il s’était fixés en devenant directeur général.
“Il y en a deux sur trois qui sont atteints. Le premier, c’était augmenter notre financement à la mission: comment on dépose les demandes de subventions, comment on amène ça auprès du bailleur de fonds, du partenaire financier. Je pense que j’ai réussi parce qu’il y a eu des rehaussements. On a réussi à obtenir notre juste part, voire même plus par la qualité des demandes.”
Le déménagement dans l’ancienne église Saint-Marc a gardé Frédéric Trudelle plus longtemps au Centre Roland-Bertrand car il tenait à relever ce défi.
“Le deuxième objectif, c’est la bâtisse ici. On voulait avoir des nouveaux locaux. L’aspect dont je suis le plus fier, c’est qu’on n’a aucune dette. C’est un projet de 4,5 millions. On est allé chercher des subventions et des partenaires financiers privés. Le fait d’avoir bâti ici le Centre de demain, entre le petit 5 et demi qu’on avait sur Saint-Marc, l’endroit pour notre aide alimentaire qui était triste et notre centre d’hébergement sur Viger qui n’était pas adéquat. Toute cette relocalisation du Centre dans des meilleurs locaux, je suis très fier d’avoir fait ça avec l’équipe, avec le C.A.”
“Le troisième, c’était augmenter les salaires des employés. On l’a fait un peu, mais jamais comme il faudrait le faire. À 60 employés, une piastre de l’heure à tout le monde, ça va très vite. Le mouvement Communautaire à boutte va peut-être apporter ça.”
Un nouveau défi en enseignement
Frédéric Trudelle songeait depuis un certain temps à sa vie après le Centre Roland-Bertrand. En février, il a intégré une charge de cours dans une nouvelle AEC (attestation d’études collégiales) en gestion d’un OBNL au Cégep de Shawinigan. Il devait augmenter progressivement sa charge d’enseignement et demeurer directeur administratif du Centre, à temps partiel.
“Finalement, un poste régulier s’est ouvert au Cégep. J’ai été appelé mais j’avais 24 heures pour réfléchir. J’ai décidé de prendre l’opportunité. Ça m’a pris par surprise mais j’étais rendu là.”
En quittant l’organisme, il sait qu’il s’ennuiera de la grande famille du Centre Roland-Bertrand, où il côtoie plusieurs employés depuis plus de 10 ans. Ce qui va le plus lui manquer, c’est de revoir d’anciens usagers qui ont réussi à se faire une meilleure vie.
“Les scènes vraiment gratifiantes, c’est quand je me promène dans les commerces. Je l’ai fait ce matin même. Je suis passé sur la rue Champlain, j’ai vu quelqu’un à vélo avec son chandail rouge du Canadian Tire. Il s’en allait travailler. J’ai vu quelqu’un d’autre au IGA. Ce sont des gens qui ont gravité dans nos services, en réinsertion, en stabilité résidentielle, dans notre centre d’hébergement. Ils ont gravité aussi par du bénévolat pendant plusieurs années. Là, ils travaillent. Ils s’en sont sorti. Là, tu te dis: wow, on a favorisé ça. C’est la personne elle-même qui a tout fait son cheminement. Mais nous, on a été là pour l’accompagner dans les moments faciles et les moments plus durs. Je suis très fier de mon équipe aussi, mais au quotidien, c’est ça qui me nourrit le plus.”
