Combattre… les démons intérieurs

SANTÉ. C’est après avoir appris le suicide de deux militaires que le colonel Steve Jourdain a spontanément composé la chanson Berceuse pour calmer les démons. Un peu malgré lui, le Shawiniganais est devenu un ambassadeur de la santé mentale au sein des Forces armées canadiennes.   

«Je me suis mis à gribouiller certaines paroles lorsque j’ai appris qu’ils s’étaient enlevés la vie», indique le colonel qui gratte la guitare dans ses temps libre. «La chanson visait à toucher le plus de gens possible dans le milieu militaire, mais aussi en-dehors. C’est important de parler et de ne pas combattre ses démons seul.»

Dans son vidéoclip réalisé à la base militaire de Saint-Jean-sur-Richelieu, on peut voir défiler des images de missions canadiennes des vingt dernières années. «Ça me fait de la peine, mon frère, de te voir dans cette misère. Accroche-toi à moi, mon frère, je vais te tirer d’affaires. Laisse-moi t’aider, laisse-moi te porter, laisse-moi prendre ta charge sur moi, laisse-moi juste t’accompagner. Tu n’es pas seul», chante-t-il.

Les différentes versions de sa vidéo ont été partagées des milliers de fois sur le Web. Il a reçu plusieurs témoignages. Le colonel Jourdain se souvient particulièrement d’un homme qui l’a abordé à l’épicerie. «Il m’a dit qu’il avait écouté ma chanson, que ça l’avait beaucoup aidé et qu’il l’écoutait tous les jours. Je me suis dit que ça valait la peine de l’écrire juste pour cette personne.»

Mettre un genou à terre

«Il faut prendre soin de notre santé pour être capable de rebondir et, peut-être, d’être en mesure d’aider à son tour par la suite», martèle Steve Jourdain. «C’est correct parfois de mettre un genou à terre, de prendre une pause et de demander de l’aide.»

Steve Jourdain croit que les Forces armées canadiennes ont déployé beaucoup de ressources dans les dernières années pour mieux outiller et soutenir les militaires qui vivent des difficultés.

La prise en charge d’un individu repose sur trois piliers selon lui, soit le commandant, l’entourage et l’individu lui-même. «L’aide elle est là. Reste que la personne doit demander, sinon on demeure tous un peu impuissants.»

«On revient différent»

Au cours de sa carrière, Steve Jourdain a été appelé à remplir des missions en Haïti en 1997 et en Bosnie en 2002. Rien de comparable cependant avec ce qu’il a vécu en 2009 en Afghanistan. Il raconte d’ailleurs son expérience dans son livre Mon Afgnanistan, récit d’un commandant de compagnie de combat, publié en 2013.

«Personne ne revient comme il était avant, à différents degrés. Pour la période de temps où j’y étais, nous avons fait plus de 200 patrouilles sur le terrain, plusieurs opérations de combat, j’ai perdu des soldats là-bas. Ça a un impact. On revient différent», confie le militaire.

Il lui a fallu un an et demi pour revenir à la normale. «Nous sommes habitués d’être aux aguets en tout temps. Le cerveau développe des mécanismes.» Ainsi, il sursautait au moindre bruit, toujours en état d’hypervigilance.

Depuis cet automne, il occupe le poste d’attaché de défense du Canada en Afghanistan, à l’Ambassade du Canada en Afghanistan, dans lequel il remplit des fonctions diplomatiques.

La Semaine nationale de la santé mentale de l’Association canadienne pour la santé mentale se déroule du 1 au 7 mai 2017.

 

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