Des questionnements autour de l’intégration du numérique en milieu naturel

SHAWINIGAN. Le DigiHub, l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) et Parcs Canada s’allient pour réfléchir aux bons usages du numérique en milieu naturel. L’objectif: développer un guide de bonnes pratiques pour intégrer des projets numériques dans un environnement naturel en proposant les meilleures approches au niveau écologique et social, ainsi qu’en ce qui a trait à l’expérience.

“On se questionne toujours sur les meilleures approches pour intégrer le numérique de façon adéquate, en particulier en milieu naturel où les contraintes sont plus grandes. Ça va au-delà de la disponibilité du réseau ou de l’électricité. On se questionne de plus en plus sur le développement durable et on s’est demandé par quel bout on devait prendre cet enjeu. C’est complexe, il y a plusieurs facteurs à prendre en compte et ce n’est pas notre expertise pour l’instant, mais on voudrait le développer”, explique Claudine Drolet, coordonnatrice du pôle culture et tourisme du DigiHub.

Des organisations ont déjà commencé à intégrer des projets numériques en milieu naturel. On peut penser à l’application Explo de la SÉPAQ qui propose un jeu familial interactif visant à trouver des indices en pleine nature ou encore aux attractions touristiques Foresta Lumina à Coaticook et l’Écho des Origines à Bécancour.

“Quand on pense à Foresta Lumina, on peut se demander si ça a un impact pour la faune en forêt, par exemple, mentionne Claudine Drolet. Les besoins sont présents dans l’industrie touristique et ça prend certains outils pour se démarquer dans l’offre, mais je pense qu’il est important de réfléchir aux bons outils. Il faut penser à sa durabilité, aux façons dont il pourra être amélioré au fil des années et comment rendre l’outil le plus durable possible.”

Face au peu d’information disponible sur les impacts de l’intégration du numérique en milieu naturel, Parcs Canada et le DigiHub ont approché les chercheuses Audrey Groleau et Aude Porcedda, qui détiennent une expérience précieuse dans le domaine culturel et du développement durable, pour mener l’étude.

“On commence la recension des écrits et on constate qu’il y en a peu, indique Audrey Groleau, professeure titulaire au Département des sciences de l’éducation de l’UQTR. On veut d’abord trouver tout ce qui a été produit sur la question. Ensuite, on veut rencontrer des personnes expertes de ces domaines, c’est-à-dire autant des gens qui travaillent en milieu naturel que des gens travaillant dans le numérique, ainsi que des usagers de ces milieux naturels afin de déterminer quels enjeux ils voient, de même que les forces et leviers pertinents pour utiliser le numérique en nature.”

Les rencontres débuteront dès cette semaine. L’objectif est de réunir toutes ces personnes autour d’une table, au printemps, dans le cadre d’une rencontre de co-construction.

“On voit de plus en plus de recherches menées en co-construction dans plusieurs domaines, dont l’éducation et la sociologie. Comme le projet actuel est interdisciplinaire, la co-construction permet d’aborder des thèmes complexes avec des gens de différents domaines qui œuvrent ensemble. Je suis convaincue que ce sera riche, car chaque personne a sa force dans le projet”, ajoute Mme Groleau.

Pour Parcs Canada, ce projet contribuera à enrichir la réflexion déjà entamée sur les outils de médiation mis en place dans ses installations, tout en y ajoutant un volet développement durable.  “Le développement durable est au cœur de notre engagement et nous nous réjouissons que ce projet permette de mieux comprendre la connexion entre le numérique, les visiteurs et la nature”, commente Geneviève Caron, directrice – Unité de gestion de la Mauricie et de l’Ouest du Québec.

Les partenaires du projet prévoient compléter le guide des bonnes pratiques à l’automne 2025. Une conférence conclura cette première phase du projet afin de présenter ce guide au secteur culturel et touristique.

“Ça permettra aussi de développer les connaissances scientifiques sur cet enjeu. On veut produire quelque chose d’utile qui répond à un besoin, mais on veut également mieux documenter les enjeux liés au numérique en milieu naturel”, précise Mme Groleau.

Le DigiHub souhaiterait amener le projet à une étape supérieure.

“On ne veut pas s’arrêter au guide des bonnes pratiques. On souhaite pouvoir développer une suite au projet pour, à terme, selon le financement, arriver à financer un genre de Living Lab sur cet enjeu”, conclut Claudine Drolet.