France Longpré : portrait d’une entrepreneure déterminée
AFFAIRES. L’expression ne jamais gaspiller une bonne crise pour progresser, France Longpré l’a faite sienne au début de la pandémie au printemps 2020 en s’achetant un VR de 27 pieds afin de parcourir les régions où son entreprise n’était pas présente.
C’est que la fondatrice de Service de gestion documentaire France Longpré (SGDFL) désirait diversifier son carnet de clients alors majoritairement concentré dans les succursales de Desjardins, le mouvement coopératif avec qui elle travaille depuis 2004 et qui lui a permis d’établir sa réputation.
Déterminée s’il en est une, la Shawiniganaise s’est alors mise en tête de développer le marché municipal encore au stade des feuilles de papier, des fax et des imprimantes. “Je suis allé au congrès de la Fédération québécoise des municipalités (FQM) pour me présenter et offrir mes services”, raconte celle qui a maintenant des antennes dans les 17 régions administratives de la province.
“Chaque région a une équipe et un chargé de projets qui vont travailler directement dans les bureaux municipaux. Pour le client, ça fait moins de frais de déplacement que si les employés devaient partir de notre place d’affaires à Shawinigan”, explique celle qui assume la présidence de la section Mauricie du Réseau des femmes d’affaires du Québec.
Dans ses efforts de diversification, France Longpré a aussi changé son approche marketing. “Notre nom est bien établi, mais on a quand même fait de la publicité. Notre site web a été revampé et j’ai démarré un blogue. Je suis aussi plus présente sur les réseaux sociaux, ce que je ne faisais pas avant. Moi je me dis, soyons les meilleurs et à un moment donné, on va finir par monter au-dessus de nos concurrents. Je suis une personne assez compétitive”, avoue-t-elle.
Faire deux choses en même temps
Il le faut certainement pour être à la tête aujourd’hui d’une entreprise d’une soixantaine d’employés, majoritairement des femmes. “Je compte plusieurs nationalités dans mon équipe. Des gens d’Ukraine, de la Colombie, du Maroc, etc. On dit souvent que les hommes ne peuvent pas faire deux choses en même temps. Je ne veux pas généraliser, mais c’est pas mal ça pour plusieurs d’entre eux”, ajoute France Longpré en souriant.
L’entrepreneure ne recule devant aucun obstacle. Lorsque le géant Harris Computer a mis la main en 2025 sur un logiciel de Gestion électronique des documents (GED) développé au Québec pour en avoir le monopole, France Longpré a mis le cap en Belgique pour rencontrer des gens d’IRIS, une filiale du groupe Canon qui développe des logiciels GED.
“J’ai maintenant mon propre logiciel que je peux offrir à mes clients, mais mon objectif, ce n’est pas juste de leur vendre, mais de supporter leurs employés pour qu’ils puissent l’opérer eux-mêmes. On fait aussi beaucoup de formation continue afin que notre client soit autonome une fois notre mandat terminé”, souligne-t-elle.
Un parcours atypique
France Longpré est une self woman made au parcours aussi singulier qu’inspirant. “J’ai seulement un secondaire 5 comme diplôme. À part avoir du courage, de l’endurance et de la persévérance, je n’ai pas d’autre chose”, confie celle qui était aussi mère monoparentale. “Je suis en train d’écrire un livre sur mon parcours. J’ai eu une vie un peu rock’n’roll dans les débuts et j’ai été proche aidant pour ma mère tout en continuant à travailler. C’est un peu ça que je veux raconter aux futurs entrepreneurs.”
Service de gestion de documentaire France Longpré a atteint selon elle la maturité où elle est prête à offrir ses services à la grande entreprise. “Mes processus sont prêts comme une chaîne de restauration de hamburgers. Où que tu sois pour manger un Big Mac, il a le même goût partout”, soutient celle qui a entrepris des démarches pour développer le marché des Premières Nations, du réseau des caisses Desjardins en Ontario et même les institutions bancaires.
“J’ai eu des offres d’achat pour l’entreprise, mais j’ai refusé. Il y a des investisseurs qui achètent des business comme la mienne, mais leur approche ne me rejoignait pas. Pour moi, je travaille avec des êtres humains. J’en prends soin comme si c’étaient mes propres enfants. Il faut donner pour recevoir, c’est un principe que j’ai appris il y a très longtemps”, conclut celle qui rêve de terminer sa carrière comme formatrice à l’École d’entrepreneurship de Beauce.
