Kangook Paramoteurs : le vent dans les voiles
ÉCONOMIE. “Quand je suis arrivé ici en novembre 2018, je trouvais ça quasiment trop grand pour mes besoins. Il y a quelques semaines, on a aménagé une mezzanine parce qu’on manquait d’espace”, lance en souriant David Rouault, propriétaire de Kangook Paramoteurs, le plus important manufacturier de paramoteurs en Amérique du Nord.
Voisin de Delastek, dans le Complexe industriel Jacques-Marchand dans le secteur Grand-Mère, l’entreprise fabrique et vend environ 250 unités de ses différents modèles – Kangook, Amaruk et Vikking – dont 85% sont expédiés aux États-Unis. “J’ai un importateur basé au Kansas qui travaille avec environ 25 distributeurs américains”, souligne David Rouault qui demeure serein face aux menaces tarifaires brandies par le président Trump.
“On attend. C’est comme la surprise du chef, mais j’ai confiance que ça finisse par se régler. Ce qui est le plus plate là-dedans, c’est le flottement. J’aimerais ça investir, mais j’attends un peu à cause de cette incertitude. Donc, en attendant, je demeure positif et je cherche à optimiser toutes mes opérations pour garder ma marge de profit la plus intéressante possible.”
Le David Rouault de 2025 a peu à voir avec celui d’il y a six ans qui venait s’installer à Shawinigan après avoir vu son petit atelier à Lac-aux-Sables rasé par les flammes. “Quand j’ai eu l’incendie, j’ai perdu tout ce que j’avais sauf mon expérience que j’emmenais avec moi. En repartant de zéro, je savais ce dont j’avais besoin pour être efficace et je savais ce que je ne voulais plus. C’est ça la beauté de la chose”, raconte l’entrepreneur avec philosophie.
Système 5S
Aujourd’hui, avec une équipe de sept employés en l’incluant, David Rouault fabrique la presque totalité des pièces nécessaires à ses paramoteurs, sauf bien sûr la voile et la motorisation qui sont importées d’Europe. “La conception, l’ingénierie, la fabrication complète, de l’usinage au pliage en passant par le soudage, tout est fait ici à Shawinigan. On a même une chambre pour peinturer nos pièces.”
À ses châssis standards en aluminium, le propriétaire de Kangook Paramoteurs a introduit récemment les châssis en titane. “C’est un produit plus luxueux, mais il y a des clients qui sont prêts à payer plus pour avoir ce matériau.”
Mais surtout, David Rouault a intégré un processus presque industriel à son travail d’artisan. “On a beaucoup travaillé sur le système 5S (Sélectionner – Situer – Scintiller – Standardiser – Suivre). En gros, ça consiste à disposer des choses dans l’atelier pour être plus efficace.”
Quelquefois, ces nouvelles façons de faire sont proposées par des stagiaires qui proviennent des écoles aéronautiques de France que l’entrepreneur accueille chaque année. “Ce sont des jeunes qui arrivent avec de nouvelles idées, de nouvelles technologies, de nouveaux logiciels, de nouveaux savoir-faire. Ça nous alimente et c’est extraordinaire”, raconte-t-il avec enthousiasme.
Leader en Amérique du Nord
En Amérique du Nord, Kangook Paramoteurs fait figure de leader dit-il avec modestie. “Moi, mes concurrents sont européens. Ils sont en Espagne, au Portugal et en Italie et leur coût de main-d’œuvre est ridicule comparé à la mienne. C’est pour ça qu’il faut miser sur tous nos avantages. Mon titane, je le fais venir en grandes quantités directement en Asie. Le gros marché des consommateurs, il est aux États-Unis et ça, ça m’avantage pour les coûts de transport. Quand on a un client du Japon ou de la Suède qui a besoin d’une pièce, on réagit vite et on lui envoie. Une personne qui a choisi ma marque, je ne l’abandonne pas.”
Comme il le fait lorsqu’il s’envole dans les cieux avec un paramoteur pour admirer le paysage, David Rouault survole ces six dernières années et sourit avec un air satisfait. “Moi, je tripe sur mon entreprise. C’est un bébé que je vois évoluer de belle façon. Il y a eu cet accident qui nous a aidés à grandir d’une autre manière. Au début, on considère qu’on a perdu des années, mais je pense qu’on les a largement rattrapés parce que si j’étais resté dans mon atelier à Lac-aux-Sables, je pense que je serais resté sur une sorte de confort qui fait je n’aurais pas pris de risque. Là, le rythme nous a emmenés à un niveau supérieur”, conclut-il.
