La Mauricie/Rive-Sud, là où se cachent les expertises agricoles

RÉGION.  La région de la Mauricie/Rive-Sud est plutôt bien représentée dans le domaine agricole, grâce au député fédéral dans Berthier-Maskinongé, Yves Perron, qui est porte-parole en matière d’agriculture, d’agroalimentaire et de gestion de l’offre, ainsi que le député provincial dans Nicolet-Bécancour Donald Martel, récemment nommé ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation.

D’ailleurs, malgré la nouvelle charge de travail supplémentaire que Donald Martel s’est vu offrir, il adore son nouveau mandat. “C’est une nouvelle vie, sincèrement. J’ai des journées remplies, mais intellectuellement, c’est vraiment stimulant”, raconte le ministre. 

Malgré qu’il soit moins souvent présent dans Nicolet-Bécancour, il estime qu’il s’agit d’un honneur de se voir attribuer une telle responsabilité. “Je vois que les gens sont contents, et ça me touche”, témoigne M. Martel.

Depuis son entrée en poste, il assiste presque chaque jour à un briefing technique du sous-ministre de l’Agriculture, en compagnie des hauts responsables du ministère de l’Agriculture, afin d’avoir un suivi de chaque dossier en cours et de lui en apprendre sur l’étendue des responsabilités de son rôle de ministre. Il a également effectué beaucoup de visites sur le terrain. “Je vais être un ministre de l’Agriculture accessible, comme je l’ai été comme député”, assure-t-il.

Yves Perron et lui ont également pris le temps de discuter en octobre dernier sur un projet de loi actuellement à l’étude à Ottawa. “Il m’a appelé pour savoir quelle est notre vision au niveau du gouvernement. J’ai beaucoup apprécié, mentionne M. Martel. Ça ne veut pas dire que la vision qu’on a et que celle du Bloc Québécois va être la même, mais il a eu la sensibilité de m’approcher. Je pense que ça va faire une belle collaboration.”

Le monde de l’agriculture

Avant d’être en politique, l’expérience de Donald Martel en ce qui a trait à l’agriculture reposait davantage sur la gestion du territoire agricole, plutôt que les pratiques, lorsqu’il était directeur général de la MRC de Nicolet-Yamaska. “Alors j’ai beaucoup appris et j’en apprends tous les jours, assure le nouveau ministre. Mais une chose qui m’aide beaucoup, c’est que c’est un monde pour lequel j’ai beaucoup d’affection.”

Donald Martel, dont le mandat est d’une durée d’environ un an, a conscience qu’il ne pourra pas tout régler dans le monde agricole et souhaite se concentrer sur les priorités énoncées par les différentes associations qu’il a rencontrées, dont l’Union des producteurs agricoles (UPA).

“Fondamentalement, ce que je voudrais, c’est rendre la vie plus facile aux agriculteurs. Est-ce qu’on est capable d’enlever un peu de bureaucratie? Est-ce qu’on est capable d’alléger toute la question réglementaire? C’est un défi qu’on s’est donné aussi comme gouvernement, explique M. Martel. On est conscient d’où on se trouve politiquement, mais on est encore au pouvoir et il y a une job qu’on veut faire. Pourquoi ça ne s’est jamais fait? Parce que ça prend beaucoup de courage et je pense qu’on n’a rien à perdre. Alors on va les faire, les changements pour alléger le travail des agriculteurs.”

“Ils ont beaucoup de travail, enchaine M. Martel. L’agriculteur, c’est un agronome, un mécanicien, un vétérinaire, et en plus de ça, on lui demande de faire du bureau quasiment à temps plein. Il faut leur en enlever un peu.”

La gestion de l’offre

Yves Perron affirme avoir fait de la gestion de l’offre son cheval de bataille depuis 2019 et se réjouit de l’adoption de la loi C-202 en juin dernier, loi qui vise à protéger l’intégralité de la gestion de l’offre de toute négociation commerciale. “Une chance, parce que si la loi n’avait pas été adoptée, [Mark] Carney aurait déjà donné des morceaux. Il donne absolument tout à M. Trump, comme c’est parti là”, déplore M. Perron.

Le député explique cependant que les Américains essaient actuellement d’avoir une autre porte d’entrée. “On avait aussi gagné le fait de donner des quotas d’importation aux transformateurs. Une fois que le Canada a cédé des parts de marché dans les dernières ententes, après ça, il a le droit de décider qui au pays a le droit d’importer. Quand on donne cette permission aux transformateurs qui sont déjà présents sur le marché, ces derniers ne voudront pas se concurrencer pour les produits qu’ils font déjà. Ils vont importer des produits complémentaires, explique le député. Si tu donnes ces quotas à des détaillants, ce que les Américains voudraient, une chaine comme Costco voudra plutôt maximiser sa marge de profit au détriment du produit québécois.”

“Ce que les Américains veulent, c’est un accès complètement libre de détaillants qui pourraient faire rentrer des produits. C’est là qu’on va commencer à avoir du lait américain sur les tablettes et d’autres types de produits de ce genre, craint M. Perron. En permettant l’accès par les détaillants, ça va quand même avoir un impact sur le producteur.”

Yves Perron craint toutefois que la conjoncture pousse Mark Carney, premier ministre du Canada, à faire des concessions sur la gestion de l’offre. “Surtout que [Donald] Trump a dit en point de presse qu’une entente avec le Canada inclurait les produits laitiers. Alors oui, le Bloc Québécois est sur ses gardes!”, ajoute le député.

“On a toujours travaillé pour minimiser le plus possible les impacts des concessions qui avaient été faites. Pour que le système ne s’effondre pas, on a proposé notre loi pour qu’ils ne puissent plus en donner.”

Si M. Carney venait à faire davantage de concessions, Yves Perron indique que son parti n’hésitera pas à dénoncer le gouvernement libéral, à informer la population et voter contre le budget qui prévoirait de telles concessions.

“Le monde a changé avec la question des tarifs. Le milieu agricole n’est pas trop touché, mais si demain matin les États-Unis font d’une nouvelle entente la condition qu’on abolisse la gestion de l’offre, ce serait un changement épouvantable. Alors c’est important qu’on développe une solidarité, indique Donald Martel. Et comme gouvernement, on l’a dit : ce n’est pas négociable.”

Ce dernier ajoute que peu importe la relation avec les États-Unis, il faut améliorer les échanges interprovinciaux. “On a tous des règlements différents, mais il faut s’harmoniser le plus possible à travers les provinces et territoires du Canada. Compte tenu de l’incertitude du côté des États-Unis, il faut qu’on développe toutes les alternatives possibles. C’est vrai en agriculture, mais c’est aussi vrai dans tout”, ajoute M. Martel.

Le porc canadien

Des producteurs du Québec et des agriculteurs de l’Ouest qui cultivent du canola mettent de la pression sur le gouvernement fédéral afin qu’il suspende ses tarifs sur les voitures électriques chinoises. Actuellement, elles sont taxées à 100%, et c’est pourquoi la Chine a répliqué en taxant à son tour le porc et le canola.

Le Bloc Québécois n’a pas encore statué à savoir s’il appuierait le gouvernement s’il prenait la décision de suspendre ces frais. “Il va falloir qu’on se parle en caucus avant de faire ça, parce que si on enlève les tarifs, on se trouve à nuire de façon très importante à l’industrie de l’automobile, de l’acier et de l’aluminium du pays, estime M. Perron. Le problème avec les Chinois, c’est que ce ne sont pas des partenaires fiables. On pourrait enlever ces tarifs-là et ils pourraient se trouver un autre motif pour maintenir les tarifs pendant un certain temps. C’est un peu comme M. Trump qui se lève chaque matin avec une nouvelle idée de tarif.”

“Il faut qu’il y ait des discussions avec le partenaire chinois, qui est un grand partenaire commercial pour nos produits agricoles. Particulièrement le porc, parce que la Chine achète des parties que personne d’autre ne veut. Je pense que la clé, c’est de développer d’autres marchés. On n’arrêtera jamais de faire du commerce agricole, parce que ce sont d’énormes marchés qui sont extrêmement rentables, surtout pour le porc.”

La priorité restera toutefois de protéger les produits agricoles canadiens et de leur trouver des conditions favorables à l’exportation.

Il déplore également une opacité du côté de la fixation du prix de vente du porc ainsi que de la marge de profit. “Comment se fixe le prix final et à qui revient l’argent dans la chaîne de production?, se questionne M. Perron. Je suis inquiet de voir qu’il y a de moins en moins de petits producteurs indépendants et de plus en plus de producteurs intégrés. Quand tu es un producteur intégré, tu ne contrôles pas grand-chose.”