La PME qui transporte des poids lourds
AFFAIRES. Spécialisée dans le transport et la manutention de pièces hors norme partout au pays, Transport Chaîné vient d’investir 3,2 millions$ dans la construction d’un entrepôt de 10 000 pieds carrés équipé d’un pont roulant d’une capacité de 32 tonnes métriques.
Basée sur la rue des Ouvriers, dans le secteur Grand-Mère, l’entreprise est peu connue du grand public, mais ses clients sont des noms réputés dans la grande industrie comme Alcan, Hitachi ou Hydro-Québec pour ne nommer que ceux-là.
“Notre spécialité, c’est de transporter des pièces hors normes reliées à l’énergie comme des transformateurs, des alternateurs, des turbines, toutes les composantes industrielles qu’on retrouve dans les centrales hydroélectriques”, explique Pier-Yves Bastien, propriétaire depuis 2023, avec sa conjointe Catherine Beaulieu, de Transport Chaîné.
À l’origine, l’entreprise est fondée en 1960 par Jean-Louis Chaîné, un Grand-Mérois qui s’était fait un nom en transportant les transformateurs qu’Hydro-Québec réparait dans un atelier à Trois-Rivières. Dès cette époque, les camions du transporteur étaient déjà de couleur verte avec des bandes blanches comme encore aujourd’hui.

Un transformateur de 120 tonnes destiné à la centrale LG-1 à la Baie-James. (Photo courtoisie Transport Chaîné)
De Chaîné à Bastien
L’entreprise a toujours conservé le même nom même si elle a été acquise en 1987 par Yves Bastien et Carole Lampron, les parents de Pier-Yves. “M. Chaîné faisait souvent des contrats avec le groupe Guay pour lequel mon père travaillait. Parce qu’il n’avait pas de relève dans la famille, il lui disait souvent Je vais te vendre ma compagnie et c’est finalement arrivé”, sourit Pier-Yves Bastien qui a intégré l’entreprise au début des années 2000, suivi quelques années plus tard par sa conjointe.
Transport Chaîné peut rouler plus d’un millier de kilomètres pour rejoindre les centrales d’Hydro-Québec à la Baie-James ou les mines du Labrador comme quelques centaines de mètres dans la région. “Récemment, on a transporté sur environ 2 kilomètres une pièce industrielle fabriquée à Trois-Rivières par Acier Hason jusqu’au port de Trois-Rivières. Elle faisait 40 pieds de haut sur 35 pieds de large et pesait 900 000 livres”, détaille Pier-Yves Bastien.
Au Québec, le transport de pièces hors norme est l’affaire de trois entreprises et celle de Shawinigan se démarque par son offre de services clé en main. “On s’occupe de tout. On fait le transport, mais aussi la manutention et la mise en place des équipements. Ce sont toutes des facettes aussi importantes l’une que l’autre”, souligne le président.
Le déplacement des pièces du fardier jusqu’à l’endroit où elles doivent être installées pour leur fonctionnement est une opération complexe facilitée par un système de glissage hydraulique développé par Yves Bastien quelques années après avoir acheté l’entreprise.
Plus que des chauffeurs
Comptant un peu plus de 20 employés, Transport Chaîné s’appuie sur une équipe de camionneurs très polyvalents. “Ici, les chauffeurs doivent être multimétiers. On a des camionneurs avec un background en mécanique diésel, d’autres en soudure, d’autres en mécanique industrielle. On fait du camionnage, mais on fait aussi de la manutention, du chargement ferroviaire. Il y a beaucoup de facettes et quelqu’un qui veut juste faire du transport n’est pas à la bonne place ici”, soutient Pier-Yves Bastien.
D’une hauteur de 40 pieds, le nouveau bâtiment construit par des entrepreneurs locaux servira d’atelier aux camionneurs pour préparer leur fardier qui doit être reconfiguré pour chaque nouveau mandat selon les caractéristiques de la pièce à transporter. Mais surtout, ses espaces serviront à entreposer les pièces industrielles des clients qui ne doivent pas être laissées à l’extérieur, face aux intempéries.
“Quelquefois, on peut transporter du matériel électrique très fragile dont l’installation n’est prévue que dans plusieurs mois par exemple. On a donc l’espace suffisant pour l’entreposer sécuritairement et avec notre pont roulant, on peut décharger sans problème un transformateur de 60 tonnes par exemple. Au Québec, il n’y avait pas d’option VIP au niveau de ce type d’entreposage et on vient répondre à un besoin”, estime le président de Transport Chaîné.
L’investissement de plus de 3 millions$ est considérable, mais dans le contexte actuel où Hydro-Québec prévoit investir 200 milliards de dollars d’ici 2035 pour augmenter sa production d’électricité, Pier-Yves Bastien estime que l’entreprise peut se permettre ce pari. “Quand l’économie va bien, il y a de nouveaux transformateurs qui arrivent. On les prend et on va les porter. Quand ça va moins bien, la tendance est à les réparer. Au final, c’est plus de déplacement pour nous autres. Que ça aille bien ou non, on va toujours ouvrir la lumière le soir à la maison”, conclut-il.
